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dimanche 23 août 2009

Une chambre en Hollande, de Pierre Bergounioux

J’ai lu une chambre en Hollande de Pierre Bergounioux à l’occasion d’un voyage récent à Amsterdam. C’est le premier livre que je lis de cet auteur qui a publié plus de quarante ouvrages depuis 1984. Il nous propose une épopée  historique de la France en 57 pages, laquelle trouve une issue en Descartes qui publia pour la première fois de la philosophie en langue française avec Le discours de la méthode (1637). À la fin de ce livre qui n’est autre qu’une préface à un livre plus vaste, Le monde, qu’il publiera en extrait sous le titre la Dioptrique, les Météores, la Géométrie, Descartes écrit : « Et si j’écris en français qui est la langue de mon pays, plutôt qu’en latin, qui est celle de mes précepteurs, c’est à cause que j’espère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure, jugeront mieux de mes opinions, que ceux qui ne croient qu’aux livres anciens », quant aux autres qui méprisent le français, il espère qu’ils ne le liront pas. Si j’ai cité Descartes, avant de citer Bergounioux, c’est parce qu’une chambre en Hollande est un livre sur l’exil et sur la peur. C’est à Amsterdam que le philosophe a fui pour être en sécurité et c’est là qu’il affronte les forces de répressions qui l’empêchent de penser librement dans son pays. Avec Descartes, je ne peux pas m’empêcher de penser que Bergounioux essaye de nous montrer que l’exil sera peut-être une solution  prochaine pour les écrivains qui ne pourront plus écrire, ni vivre comme ils le désirent dans une France dévorée de l’intérieur par l’affairisme, le cynisme et le fascisme médiatique. Ce qui s’appelait au XVII ème siècle : l’absolutisme naissant. Il n’y a pas d’épopées objectives. Toutes les épopées depuis Brecht sont critiques, démystificatrices et contestataires. Plus que l’épopée du peuple français qui débute ici avec la fondation de la Gaule, il s’agit de l’épopée de la littérature dont Bergounioux dit que la propagation de l’écrit en Gaule, donc son entrée dans l’histoire est contemporaine de l’adoption du droit romain qui impose son diktat sur la culture celtique. Une littérature qui trouve dans l’action, via Descartes, sa vérité : « L’important, ce n’est pas ce qu’on raconte. C’est ce qu’on fait (p 55) ». Ce qui ne signifie pas qu’il y a d’un côté les artistes et de l’autre les non artistes. Bergounioux veut dire qu’un écrivain agit en racontant une histoire et que c’est cette action qui est première sur la narration, même si à la fin, certains n’en retiennent que les fables : « Il n’avait pas le temps et il en était conscient » continue Bergounioux « Mais comment réprimer le regret de le voir si concis sur l’effet que tant d’hommes rencontrés, d’événements, de pays firent sur son âme ingénue, intrépide, en ces années d’apprentissage qui le voient chevauchant en compagnie des reîtres, recherchant la société des savants, puis derechef, marchant avec les reîtres. Quel sujet d’étonnement pour nous mais pas pour lui aussi, sans doute, que le commerce alterné d’assassins professionnels, de brutes adonnées, entre les combats, au vin, à la débauche, et des rares esprits éclairés qu’on est désormais assuré de trouver, pour peu qu’on les cherche, dans les localités européennes… » (p 36). A la fin, comment ne pas voir aussi que Bergounioux parle aussi de l’Europe du début du XXI è siècle ? Si nous ne manquons pas de tragédie, ni de guerres, il faut aussi comprendre ce livre comme un processus de fabrication d’un héros ou antihéros, soit qu’on considère Descartes comme un modèle ou un excitant. Quoi qu’il en soit, l’écrivain doit être un stoïcien et quelqu’un d’engagé dans l’histoire, la sienne et celle des sociétés.


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vendredi 24 juillet 2009

Ecriture, mémoires d'un métier, de Stephen King

Stephen King est connu mondialement pour ses romans d’horreur bestsellers et pour les films adaptés de ses livres : Shinning par Stanley Kubrick, Dead Zone par David Cronenberg ou Carrie par Brian de Palma. Lire Ecriture, mémoire d’un métier est l’occasion de découvrir l’écrivain confronté à la création littéraire.
Dans ce livre paru en France en 2001 et aux Etats-Unis en 2000, il donne des conseils au lecteur qui veut devenir écrivain, le principal étant : si vous voulez écrire beaucoup, il faut lire beaucoup. Ce qui signifie, votre vie ne suffit pas à inspirer l’écriture d’un livre, il faut aussi (et surtout) avoir le courage de passer du temps à lire les grands écrivains. Tout l’intérêt de ce livre est de décrire simplement la condition d’écrivain.
Pour lui, issu de la middle class américaine et baby boomer (j’ai fêté à ma manière ses 60 ans en 2007 à l’occasion d’une performance au 61 è Festival d’Avignon), l’enjeu est de dédramatiser le fait d’écrire. Il commence par dresser son cv sur un mode humoristique (Stephen King n’a pas besoin de faire un cv pour se présenter !) et il poursuit en intitulant un chapitre consacré aux phrases, Boîte à outils, titre inspiré de la boîte à outils de son oncle.
Cependant, ce livre est accidentellement nourri d’une tragédie qu’il nous garde pour la fin. En sept partie bien serrées, il raconte comment un Van l’a renversé alors qu’il se promenait au bord d’une route de campagne, un dimanche ensoleillé. Il échappe de peu à la mort et c’est sur un fauteuil roulant, durant l’été 1999, qu’il achève l’écriture de ce livre.
 
La conclusion est stoïcienne : « Ecrire n’a rien à voir avec gagner de l’argent, devenir célèbre, draguer les filles ou se faire des amis. En fin de compte, écrire revient à enrichir la vie de ceux qui liront vos ouvrages, mais aussi à enrichir votre propre vie. C’est se tenir debout, aller mieux, surmonter les difficultés. Et faire qu’on soit heureux ? Oui faire qu’on soit heureux. »

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jeudi 2 juillet 2009

Le fantôme de l'opéra, tiré de Romans mystérieux de Gaston Leroux

 Le fantôme de l’opéra est paru en 1910.
C’est un roman d’enquête qui oscille entre le fantastique (il est question d’un fantôme) et l’espionnage (ce fantôme est traqué par un auteur détective). Il vit secrètement dans les sous-sols de l’opéra Garnier, à Paris. Il est musicien. Il finit de composer Le Don Juan Triomphant et aspire à retrouver une vie normale. Alors, Il tombe amoureux d’une chanteuse débutante, mais comme il est défiguré et laid et qu’il provoque la peur, il a recours à un subterfuge pour l’approcher. Il mêle le chantage à l’extorsion de fond et il signe à l’encre rouge F. de l’O, des lettres de menaces qu’il envoie aux deux directeurs. Gaston Leroux est parti d’un fait divers pour écrire ce livre. Le 24 décembre 1907, une étrange cérémonie se déroule dans les sous-sols de l’opéra Garnier. Alfred Clark qui est le président de la compagnie française du Gramophone procède à l’enfouissement des enregistrements d’un extrait de son catalogue composé de vingt-quatre disques. Les disques sont enfermés dans des urnes hermétiquement scellées afin d’apprendre aux hommes de l’avenir quel était alors l’état des machines parlantes, et quels progrès auront amélioré cette précieuse invention au cours du XX è siècle et quelle était la voix des principaux chanteurs et quelle interprétation ils donnaient à quelques-uns des morceaux les plus célèbres du répertoire lyrique et dramatique.
Gaston Leroux écrit dans son avant-propos : « On se rappelle que dernièrement, en creusant le sous-sol de l’Opéra, pour y enterrer les voix phonographiées des artistes, le pic des ouvriers a mis à nu un cadavre ; or j’ai eu tout de suite la preuve que ce cadavre était celui du fantôme de l’Opéra ! » (p 12). Le souhait d’Alfred Clark était que ses urnes soient ouvertes cent ans après leur enfouissement, ce qui fût fait en 2007. Depuis un double cd a été édité début 2009 chez Emi Classics, Les Urnes de l’opéra. Raison de plus pour redécouvrir ce livre et le lire avec en fond sonore les enregistrements de l’époque, en sachant qu’un des premiers talents du fantôme n’est pas le chant mais la ventriloquie, ce qui fait de la voix non pas un outil mais une arme. A une époque où la musique est partout et nulle part – ce qui nous ferait presque haïr la musique à l’instar de Pascal Quignard dans Haine de la musique ou de Thomas Bernardt dans Maîtres anciens – il faut écouter  et réécouter Erik (Le fantôme s’appelle Erik) nous chuchoter quasiment en stéréo : « Tiens, je soulève un peu mon masque ! Oh, un peu seulement… Tu vois mes lèvres ? Ce que j’ai de lèvres ? Elles ne remuent pas ! Ma bouche est fermée… Mon espèce de bouche… Et cependant tu entends ma voix ! Je parle avec mon ventre… C’est tout naturel… On appelle ça être ventriloque !... C’est bien connu : écoute ma voix… Où veux-tu qu’elle aille ? Dans ton oreille gauche ? Dans ton oreille droite ? » (p 225). Après la lecture, ne pas oublier de revoir aussi le film Phantom of Paradise de Brian de Palma, version rock U.S. du roman.

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