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Littérature › France

Romans français

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dimanche 23 août 2009

Une chambre en Hollande, de Pierre Bergounioux

J’ai lu une chambre en Hollande de Pierre Bergounioux à l’occasion d’un voyage récent à Amsterdam. C’est le premier livre que je lis de cet auteur qui a publié plus de quarante ouvrages depuis 1984. Il nous propose une épopée  historique de la France en 57 pages, laquelle trouve une issue en Descartes qui publia pour la première fois de la philosophie en langue française avec Le discours de la méthode (1637). À la fin de ce livre qui n’est autre qu’une préface à un livre plus vaste, Le monde, qu’il publiera en extrait sous le titre la Dioptrique, les Météores, la Géométrie, Descartes écrit : « Et si j’écris en français qui est la langue de mon pays, plutôt qu’en latin, qui est celle de mes précepteurs, c’est à cause que j’espère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure, jugeront mieux de mes opinions, que ceux qui ne croient qu’aux livres anciens », quant aux autres qui méprisent le français, il espère qu’ils ne le liront pas. Si j’ai cité Descartes, avant de citer Bergounioux, c’est parce qu’une chambre en Hollande est un livre sur l’exil et sur la peur. C’est à Amsterdam que le philosophe a fui pour être en sécurité et c’est là qu’il affronte les forces de répressions qui l’empêchent de penser librement dans son pays. Avec Descartes, je ne peux pas m’empêcher de penser que Bergounioux essaye de nous montrer que l’exil sera peut-être une solution  prochaine pour les écrivains qui ne pourront plus écrire, ni vivre comme ils le désirent dans une France dévorée de l’intérieur par l’affairisme, le cynisme et le fascisme médiatique. Ce qui s’appelait au XVII ème siècle : l’absolutisme naissant. Il n’y a pas d’épopées objectives. Toutes les épopées depuis Brecht sont critiques, démystificatrices et contestataires. Plus que l’épopée du peuple français qui débute ici avec la fondation de la Gaule, il s’agit de l’épopée de la littérature dont Bergounioux dit que la propagation de l’écrit en Gaule, donc son entrée dans l’histoire est contemporaine de l’adoption du droit romain qui impose son diktat sur la culture celtique. Une littérature qui trouve dans l’action, via Descartes, sa vérité : « L’important, ce n’est pas ce qu’on raconte. C’est ce qu’on fait (p 55) ». Ce qui ne signifie pas qu’il y a d’un côté les artistes et de l’autre les non artistes. Bergounioux veut dire qu’un écrivain agit en racontant une histoire et que c’est cette action qui est première sur la narration, même si à la fin, certains n’en retiennent que les fables : « Il n’avait pas le temps et il en était conscient » continue Bergounioux « Mais comment réprimer le regret de le voir si concis sur l’effet que tant d’hommes rencontrés, d’événements, de pays firent sur son âme ingénue, intrépide, en ces années d’apprentissage qui le voient chevauchant en compagnie des reîtres, recherchant la société des savants, puis derechef, marchant avec les reîtres. Quel sujet d’étonnement pour nous mais pas pour lui aussi, sans doute, que le commerce alterné d’assassins professionnels, de brutes adonnées, entre les combats, au vin, à la débauche, et des rares esprits éclairés qu’on est désormais assuré de trouver, pour peu qu’on les cherche, dans les localités européennes… » (p 36). A la fin, comment ne pas voir aussi que Bergounioux parle aussi de l’Europe du début du XXI è siècle ? Si nous ne manquons pas de tragédie, ni de guerres, il faut aussi comprendre ce livre comme un processus de fabrication d’un héros ou antihéros, soit qu’on considère Descartes comme un modèle ou un excitant. Quoi qu’il en soit, l’écrivain doit être un stoïcien et quelqu’un d’engagé dans l’histoire, la sienne et celle des sociétés.


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jeudi 2 juillet 2009

Le fantôme de l'opéra, tiré de Romans mystérieux de Gaston Leroux

 Le fantôme de l’opéra est paru en 1910.
C’est un roman d’enquête qui oscille entre le fantastique (il est question d’un fantôme) et l’espionnage (ce fantôme est traqué par un auteur détective). Il vit secrètement dans les sous-sols de l’opéra Garnier, à Paris. Il est musicien. Il finit de composer Le Don Juan Triomphant et aspire à retrouver une vie normale. Alors, Il tombe amoureux d’une chanteuse débutante, mais comme il est défiguré et laid et qu’il provoque la peur, il a recours à un subterfuge pour l’approcher. Il mêle le chantage à l’extorsion de fond et il signe à l’encre rouge F. de l’O, des lettres de menaces qu’il envoie aux deux directeurs. Gaston Leroux est parti d’un fait divers pour écrire ce livre. Le 24 décembre 1907, une étrange cérémonie se déroule dans les sous-sols de l’opéra Garnier. Alfred Clark qui est le président de la compagnie française du Gramophone procède à l’enfouissement des enregistrements d’un extrait de son catalogue composé de vingt-quatre disques. Les disques sont enfermés dans des urnes hermétiquement scellées afin d’apprendre aux hommes de l’avenir quel était alors l’état des machines parlantes, et quels progrès auront amélioré cette précieuse invention au cours du XX è siècle et quelle était la voix des principaux chanteurs et quelle interprétation ils donnaient à quelques-uns des morceaux les plus célèbres du répertoire lyrique et dramatique.
Gaston Leroux écrit dans son avant-propos : « On se rappelle que dernièrement, en creusant le sous-sol de l’Opéra, pour y enterrer les voix phonographiées des artistes, le pic des ouvriers a mis à nu un cadavre ; or j’ai eu tout de suite la preuve que ce cadavre était celui du fantôme de l’Opéra ! » (p 12). Le souhait d’Alfred Clark était que ses urnes soient ouvertes cent ans après leur enfouissement, ce qui fût fait en 2007. Depuis un double cd a été édité début 2009 chez Emi Classics, Les Urnes de l’opéra. Raison de plus pour redécouvrir ce livre et le lire avec en fond sonore les enregistrements de l’époque, en sachant qu’un des premiers talents du fantôme n’est pas le chant mais la ventriloquie, ce qui fait de la voix non pas un outil mais une arme. A une époque où la musique est partout et nulle part – ce qui nous ferait presque haïr la musique à l’instar de Pascal Quignard dans Haine de la musique ou de Thomas Bernardt dans Maîtres anciens – il faut écouter  et réécouter Erik (Le fantôme s’appelle Erik) nous chuchoter quasiment en stéréo : « Tiens, je soulève un peu mon masque ! Oh, un peu seulement… Tu vois mes lèvres ? Ce que j’ai de lèvres ? Elles ne remuent pas ! Ma bouche est fermée… Mon espèce de bouche… Et cependant tu entends ma voix ! Je parle avec mon ventre… C’est tout naturel… On appelle ça être ventriloque !... C’est bien connu : écoute ma voix… Où veux-tu qu’elle aille ? Dans ton oreille gauche ? Dans ton oreille droite ? » (p 225). Après la lecture, ne pas oublier de revoir aussi le film Phantom of Paradise de Brian de Palma, version rock U.S. du roman.

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jeudi 28 mai 2009

Vies minuscules, de Pierre Michon (1984)

User de mots pour dire Vies minuscules, c’est très intimidant. Ceux de Pierre Michon foisonnent dans les hauteurs, perfections et raclures, richement ordonnés en un phrasé rare aux allures désuètes, une fresque précise, lente, inébranlable.
Déshabitué depuis longtemps à la magnificence, on a, tapis, des réflexes traqueurs prêts à bondir au premier signe d’élégance en criant au scandale de la préciosité. Les faire taire, absolument. Et se laisser éblouir. Car c’est éblouissant.
Le style et le vocabulaire sont denses ; ils peuvent, à la première rencontre, s’ériger en obstacles plutôt qu’en passeurs. Une fois l’obstacle franchi, on découvre que la fresque n’est pas simple ornement.

Pierre Michon exhume les vies de quelques anonymes de La Creuse ou d’ailleurs, solitudes oubliées et intemporelles, propulsées ici par décision de l’auteur, incrédules, gênées. Qu’il ait vécu auprès d’eux ou que l’histoire familiale en ait véhiculé le souvenir, tous lui sont proches. Il se raconte avec eux et zoome, sans ménagement, sur les béances cruelles et les absences répétées, les orgueils assumés ou les abnégations, les liens tissés, fragiles, inégaux. Le constat est brut et implacable, nourri de faits et de détails qui disent la fatalité, la vulnérabilité, la résistance silencieuse aux acharnements du sort. L’écho rebondit, renvoie le lecteur à ses propres souvenirs, ça cogne et ça écharpe. Pourtant, une tendresse pudique sous-tend tous les récits, relie entre elles ces huit nouvelles. Pierre Michon ne cherche pas d’excuses mais il nomme, et c’est comme un hommage, discret, raffiné et terrassant.
Ce livre est magistral.

L’auteur est né en 1945 aux Cards, dans la Creuse. Son père quitta le domicile deux ans après sa naissance, et Pierre Michon fut élevé par sa mère institutrice. Il étudia les lettres, fit partie d’une troupe de théâtre, publia Vies Minuscules, son premier livre, à 37 ans. La plupart de ses ouvrages sont publiés aux éditions Verdier (Vie de Joseph Roulin, 1988, Maîtres et serviteurs, 1990, La Grande Beune, 1996, Le Roi du bois, 1996, Mythologies d’hiver, 1997, Trois auteurs, 1997, Abbés, 2002, Corps du roi, 2002, L’Empereur d’Occident, 2007). L’Empereur d’Occident a d’abord été publié par Fata Morgana en 1989, avec des illustrations de Pierre Alenchinsky. Rimbaud le fils est paru chez Gallimard en 1991.
On peut trouver en ligne de nombreux articles, interviews, textes de l’auteur, notamment via le site des éditions Verdier.

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  • Auteur : Pierre Michon
  • Date de parution : 02/02/1984
  • ISBN : 9782070700387
  • Editeur : Gallimard
  • Collection : BLANCHE
  • Nombre de pages : 216
  • Dimensions : 14X20 cm
  • Poids : 300 g
  • EAN : 9782070700387
  • Prix: 17,50

jeudi 22 janvier 2009

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation de Georges Perec

"... Vous voilà avec un nouvel ingénieur soyez bien avec lui faites semblant de travailler par exemple ou même pourquoi pas travaillez vraiment vous verrez c'est intéressant parfois d'ailleurs il n'est pas mauvais..."

Le lecteur subtil aura , à ce point, noté deux évidences:
1.- y'a pas de ponctuation ? rugit-il, effaré.
- Nan. y'en a pas.
- Vraiment pas ? Même pas une 'tite virgule ?
- Nan j'te dis !
- La vache !!

2.-ça a l'air marrant ton truc, là.
- Exactement. C'est marrant. Tout est dans le titre.
Perec s'est amusé ( je ne peux pas imaginer qu'il ne se soit pas amusé à écrire ça ) à envisager toutes les situations possibles permettant d'accéder (ou non) au chef de service, et je vous promets qu'il y a vraiment de quoi rire.
Pas la peine d'en dire beaucoup plus. A mon avis, c'est un petit livre à offrir, voire à s'offrir, pourquoi pas ?
S'il vous reste de la menue monnaie, pensez aussi à Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?  Même auteur, même humour, même goût de la répétition, de la saturation.
Ensuite il sera toujours temps de revenir à la crise...
J'oubliais: si des fois il vous restait encore des sous en secouant le pantalon, il y a aussi, toujours de Perec : Cantatrix sopranica et autres écrits scientifiques. Plus canulardesque (quoi que) que les deux autres, mais largement aussi drôle.
En effet, il faut bien finir par le dire: Perec était partisan de l'humour drôle.


Titre : L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation
Type : Littérature générale
Auteur : Perec Georges
Editeur  : Hachette littérature
ISBN : 9782012376434
Date de parution : 05/11/2008
Dispo. : disponible
Poids : 115 g
Nb de pages : 104
Prix éditeur: 12,00 €

mercredi 7 janvier 2009

Crack, de Tristan Jordis (Août 2008)

Pour une fois (la deuxième), un conseil sur commande. A la demande de Babelio dans le cadre de l’opération masse critique.
J’ai reçu Crack, de Tristan Jordis. Découverte, nécessairement, parce que c’est un premier livre. Et un univers qui ne m’est pas si étranger - pas pour des raisons de consommation personnelle, rassurez vous - : le Crack.

Alors, Tristan Jordis.
Il a fait des études de sociologie, s'est passionné pour l’urbanisme et l’architecture, puis est devenu journaliste “terrain” pour la radio, avant de tenter de réaliser un documentaire, pour finalement écrire un livre. En gros, je n’en sais pas beaucoup sur lui :-)


Le livre.
C’est le récit de la rencontre entre Tristan et les fumeurs de crack de la Porte de la chapelle et ses environs, à Paris, en 2006. Ce n’est pas un roman, mais bien le récit d'instants vécus.

Parti pour réaliser un documentaire, armé de sa caméra, de sa naïveté et de son angélisme idéologique, il va à la rencontre de ces personnages loin de tout.
Il découvrira des êtres humains, là ou beaucoup ne voient plus que des déchets.
Il trouvera ce qu’il est venu chercher, et sans doute un peu plus.
Assez énervant par sa rébellion bien-pensante et naïve, il finit par plaire, avec son courage et sa ténacité. Parce qu'aller traîner au coeur de la nuit en compagnie des pires toxicomanes de la ville, sur leur territoire, il faut vraiment en avoir envie.
Dans ce monde en majorité noir, il est le petit blanc qui veut faire son film, celui que l’on prend à priori pour un flic, que l’on va d’abord essayer de mettre à l’amende.
Il finira par partager le poulet braisé au squat de la SERNAM, espace ou les “usagers” trouvent un semblant d’organisation.
Il ne sortira pas sa caméra.

Je ne sais pas si l’on est en présence d’un écrivain. Le récit est assez particulier dans sa forme. Beaucoup de dialogues et de faits simplement décrits. Mais il m’a captivé. Très humain, Tristan Jordis prend le temps d’établir de vraies relations, et regarde sans juger. Il nous fait approcher ce monde si lointain et étrange, et fait vivre le peuple des polytoxicomanes, tendance lourde.
Plus gênante, peut-être, sa propre mise en scène à l’intérieur du livre. Nécessaire sans doute, ne serait-ce que pour saisir l’intensité de la trouille qu’il a pu éprouver parfois.

Son projet de film s’est transformé en livre, et pour l’avoir sous les yeux, il vous suffit de l’acheter :-)




Titre : Crack
Type : Roman contemporain
Auteur : Tristan Jordis
Editeur  : éditions du Seuil
ISBN : 9782020972550
Date de parution : 21/08/2008
Dispo. : disponible
Poids : 360 g
Nb de pages : 352


lundi 5 janvier 2009

Qui a dit que le yoga ne servait à rien ? de jean (décembre 2008)

Il y a tout de même quelques bonnes nouvelles en 2009.
L’une d’elles, c’est que jean est de retour.

Vous vous souvenez de jean ?
Celui qui a publié ces trois livres de collages très jolis et très drôles ?
Hé bien le revoilà. Sans collages cette fois.
Il s’est recyclé dans le guide pratique.

Le guide pratique ?
Oui.
Sur quoi ?
Le yoga.
Quoi ?!
Je le jure.

Avec les photos des postures et les explications de ce qu’il faut faire, comme dans tout magazine féminin qui se respecte.
Si, si.
Non, mais attendez. Il faut que je précise.
C’est le yoga UTILE. Pas seulement pour vous sentir bien dans votre corps, votre âme et tout ça, mais aussi pour éviter de vider le lave-vaisselle, par exemple. 

Et c’est tout aussi hilarant que les bouquins précédents.
Comment fait-on un bouquin hilarant en expliquant des postures de yoga ? 
Ben en s’appelant jean, et en ayant du talent. 
That’s it. 

C’est un régal, et ça s’offre à tour de bras.
Sauf aux éventuels extrémistes du yoga qui pourraient refuser obstinément qu’on en rie.

A part ceux-là, et éventuellement ceux qui de toutes façons n’ont aucun humour (mais vous leur faites des cadeaux à ces gens-là, vous ?), vous pouvez y aller, ça marche à tous les coups, c’est pas cher, et ça fait – vraiment – respirer !

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vendredi 2 janvier 2009

L'argent d' Émile Zola


Émile Zola: 1840-1902.... Quoi d'autre ???

-C'est la crise ?
-Bah oui. C'est la crise...

Et parmi les joies de la crise, on peut déjà compter sur un grand nombre de bouquins parus, à paraitre....dont beaucoup, on peut le parier, n'apporteront pas grand chose.

Choisissons l'audace, nom de Dieu ! Osons Zola !!!
J'en vois qui ricanent là, au fond.
-Ouah ! Zola ! l'a pas fait Harvard ! L'a même pas fait H.E.C. ou sciences po ! Trop nul le Zola !!
-Ben justement....Tu veux tout comprendre de la bourse, des actions, tout çà ?
Tu voudrais savoir pourquoi il se trouve toujours quelqu'un pour acheter au plus haut et vendre au plus bas ? T'aimerais qu'on te dise comment des initiés se sont laissés prendre à l'escroquerie récente de Bernard Madoff (10 Kerviels à lui tout seul!) ?

Lis Zola, mon gars; lis Zola. Parce qu'en plus, tu vas piger tout ça en lisant un roman, un vrai roman : pas un prétexte.
Alors, bien sûr,c'est Zola. Donc, si on a du mal avec ses théories sur l'hérédité, avec les Rougon-Macquart en
général ( ici, le rougon s'appelle Saccard : un vrai pirate de la finance,un corsaire) ça devient un peu plus compliqué.
Par ailleurs, plus scabreux: il y a dans ce livre beaucoup de juifs d'argent. C'est parfois un peu limite...
Et puis on se dit:"tout de même, c'est Zola et Zola c'est J'ACCUSE ,c'est l'affaire Dreyfus...
On s'en sort de justesse,mais l'alerte a été chaude...

J'oubliai: avec le vieil Émile, on est toujours comblé question métaphore. Ici le livre est parcouru par celle de
l'argent: fumier sur lequel poussent certaines des plus belles entreprises humaines.
De quoi penser.. Pas vrai?

mercredi 31 décembre 2008

Star-crossed lovers de Mikaël Ollivier, 2002.

A partir de 14 ans.

Mikaël Ollivier a publié des livres pour adultes, notamment Trois souris aveugles, roman à suspens. Il a beaucoup écrit pour les adolescents. De genres très variés : policier, Science-fiction ou encore romans intimistes, ses textes ont en commun d'aborder les relations familiales ou amicales avec profondeur et intensité.

Les adolescents, ils voient des films pornos et violents, tout le temps, et ils sont méchants. Autrefois, les jeunes, ils ...
Autrefois, il y a avait Shakespeare pour leur parler d'amour, aujourd'hui, il y a Mikaël Ollivier. Et vlan pour les autres.


Roméo aime Juliette. Clara aime Guillaume. Et l'inverse. On a bien eu le film de Luhrmann avec Di Caprio pour se rendre compte que cette histoire trouble encore les esprits. La jeunesse y est festive, le contexte est violent; ce que vous lirez dans Star-crossed lovers vous le rappellera mais à notre époque.
Oh, pas la violence-des-banlieues, mais celle du licenciement. Clara, c'est la fille d'un syndicaliste en colère contre le PDG de l'usine, lequel compte licencier ses ouvriers. Guillaume, c'est le fils d'un PDG d'usine.
Demandons à une adolescente : “Tu tombes amoureuse d'un garçon d'un autre milieu social que le tien, ça te semble possible ?”
Ton portable contre des galets peints qu'elle répond : “Evident, si je l'aime !”.
Mikael Ollivier répond avec justesse à cette question avec d'autres questions : quel adolescent sait affronter l'opposition d'un père ? Quel adolescent envisage sereinement le premier rapport amoureux ?
Lire les très belles pages sur la peur de la première fois.

Pour adolescents méchants et amoureux.

Star-crossed lovers est publié par les éditions Thierry Magnier

mardi 30 décembre 2008

Virus L.I.V. 3 ou la mort des livres de Christian Grenier

A partir de 11 ans.  Science-fiction.

Christian Grenier est né en 1945. Il est l'auteur de nombreux ouvrages notamment de polars informatiques, avec les Enquêtes de Logicielle ou encore l'Ordinatueur.

XXIIème siècle - Allis communique sur le web avec Mondaye.
Elle a écrit un livre qui va être primé par la République des Lettres, un gouvernement qui a imposé la lecture des livres papiers et interdit l'ordinateur.
Mondaye est une “zappeuse”, donc hors la loi. Pourtant leurs échanges les ont liées dans une relation bien plus forte qu'elles ne le soupçonnent.

Si le roman ne s'en tenait qu'à l'opposition entre livres papier et ordinateur, ce serait inintéressant.
Quoique ... quand c'est l'état qui interdit une forme d'expression difficile à censurer, cela incite à la réflexion. Mais l'histoire est pleine d'attraits. On côtoie des êtres qui ont le torse incrusté d'un écran et un ordinateur implanté à l'intérieur du cerveau.
Mignon.
Et si tu ne prends pas avec ces joyaux de la science-fiction, il te reste le suspens. Un virus détruit les romans et c'est le lecteur qui le propage. Alors l'intrigue se resserre sur les coupables. ça marche, ça marche même très bien.

Prévoir de se lever tard le lendemain.

Virus L.I.V. 3 ou la mort des livres est édité par le livre de poche jeunesse.

mercredi 10 décembre 2008

La disparition de Georges Perec

La disparition, Georges Perec Voilà un bouquin instructif, paradoxal mais aussi marrant.
Allons plus loin: on pouvait, on aurait pu l'approfondir à loisir, administrant ainsi à tout un chacun un vrai cours doctrinal ou magistral, abrutissant l'insouciant badaud du blog, nonchalant passant du tissu mondial n'y pouvant mais.....

Bornons nous donc à fournir ici la transcription d'un folio dudit bouquin, citons G.P. ou plutôt son protagon A. Wilburg Savorgnan:

".... Il y a là quasi la loi du roman d'aujourd'hui: pour avoir l'intuition d'un pouvoir imaginatif sans limitation, allant jusqu'à l'infini,  s'autonourissant dans un surcroit colossal,......  Il faut, sinon il suffit qu'il n'y ait pas un mot qui soit fortuit..... mais qu'a contrario, tout mot soit produit sous la sanction d'un tamis contraignant, sous la sommation d'un canon absolu."

Voilà qui parait clair, convaincant, flagrant, positif, sûr par surcroit.
Mais quoi!!!
Vit-on jamais quidam parcourir un roman sans plaisir....
Bornant son horizon à nourrir l'affirmation, la confirmation d'un initial postulat ?
Nous crions: NON!!
Voilà pourquoi l'opus inouï ici applaudi fournit au jovial lisant un panard, un pinglot franc, massif continu, puis, pour finir, roboratif.

Ouf!


*ndlr: la disparition à pour particularité l'absence de la lettre e. Pas de e, non, pas un.
Editeur : Gallimard
Collection : L'Imaginaire

vendredi 12 septembre 2008

Laurent Gaudé, La porte des Enfers, 2008.

Couverture du livre de Laurent Gaudé, La porte des EnfersLa porte des Enfers, nous entraîne dans un récit fantastique, où alternent gravité et humour.
L’écriture concise, les phrases courtes installent un rythme rapide et très vivant. L’histoire commence tel un drame antique par une scène de vengeance : un fils venge la mort de son père. Au chapitre suivant un flash-back met en scène la mort de ce même fils, vingt ans plus tôt, sous les yeux du même père : quelle est donc cette énigme ?
L’ombre de la mort plane glaciale. La vie caracole à ses côtés, cruelle, disgracieuse mais pleine de charme.
La porte, elle, descend bien aux Enfers. La description terrifiante de ce lieu désolé et hostile constitue un des moments forts du livre. Laurent Gaudé raconte les passages invisibles entre le monde des vivants et celui des morts. Il pointe la nécessité de savoir les voir et plus encore les sentir ; il évoque cette porosité de l’homme qui, l’âge avançant, se surprend à être davantage mort que vivant. Et cette idée, qui veut que chaque être proche et disparu dépose en nous quelque chose, qui vit et nous façonne au présent. Tout au long du roman, la mort fascine, persécute, interroge. Naples est le cadre étrange où se croise une poignée d’individus atypiques, irrémédiablement seuls face au grand Mystère.

C’est un drôle de cadeau que Laurent Gaudé fait à ses morts, puisqu’il a écrit ce roman pour eux, pour les distraire, dit-il en dédicace de fin.
Ce livre laisse une impression trouble, forte qui oscille entre désarroi, enthousiasme et frayeur.
En le refermant, on a cette irrépressible envie de descendre au café du coin, de s’installer au comptoir et de commander d’une voix légèrement trop forte : « un expresso bien serré, s’il vous plaît ! ».


Éditions Actes Sud, Arles, 267 pages.

lundi 8 septembre 2008

Zone, de Mathias Enard, suite et fin.

Conseil de lecture: Zone, de Matias Enard Ce billet est la suite de celui-ci --> Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Ça y est, j'ai fini Zone. Etonnant la façon dont ce livre m'a demandé du temps.
Et c'est confirmé, il s'agit d'un livre exigeant, mais pas exclusif, maniéré ou snob. Il est délicat dans la forme et sur le fond.
Nous errons à la suite de ce personnage imaginaire; sur sa trace furtive dans le monde réel, son trajet dans la Zone et la vie, au fil de ses souvenirs. Et c'est fascinant.
Une sorte de heureux hasard a fait qu'au moment où je le lisais, j'ai vu et revu l'exposition "Alors que je mourrais" du photographe Paolo Pellegrin. Cette exposition résonne avec Zone, c'est un écho photographique du roman, comme des illustrations et des visions du monde dans lequel se meut le héros. Si vous en avez l'occasion, un conseil, allez la voir.
Pour continuer dans la comparaison, ce livre se joue d'une certaine façon dans la même cour que le film Valse avec Bachir et il ne s'agit pas vraiment d'une cour de récréation.

En peu de mots, un livre passionnant, puissant, et qui demande des efforts.
Ce qui n'est pas désagréable, par les temps qui courent.

mardi 26 août 2008

La Théorie des nuages, de Stéphane Audeguy (2005)

Conseil de lecture: La théorie des nuages, de Stéphane AudeguyJe ne savais pas que je pourrais trouver un intérêt à l’avènement de la science météorologique. Je ne savais pas que Virginie Latour, qui ressemble à tout sauf à un personnage de roman, avait une telle consistance, et me lâcherait à l’aube d’un avenir exultant. Je ne savais pas la solitude surchargée du grand couturier japonais né à Hiroshima. Je ne savais pas toutes les poussières vivantes et mortes qui flânent dans l’atmosphère et racontent l’unicité. Je n’avais pas vu les nuages.
Je n’avais pas lu La Théorie des nuages.
On en a beaucoup parlé, de façon unanimement élogieuse. On a bien fait.
Ce livre est étonnant. L’érudition y fraye avec l’imagination, pour que les histoires croisent l’Histoire et la bâtissent, sans jamais s’y perdre, minutieusement. Tout y est sobrement décrit ; pas d’effet de style, pas d’accumulation de détails, aucun atermoiement sur aucun état d’âme. Une construction implacable, en revanche, doublée d’un merveilleux talent de conteur, et sans aucun doute d’une conviction têtue à dire ce qui est dit là. La dictature des sciences, lentement détournées à des fins destructrices, la simplicité infinie des corps qui désirent, la puissance des éléments qui continuent à prolonger le monde, l’héréditaire capacité à ne sauver qu’un nom, l’idiotie boursouflée de quelques apparences sociales, la densité vertigineuse d’une lettre écrite en confiance.
Il ne faut rien dévoiler, je ne dévoilerai rien ; mais lisez-le, offrez-le, vous verrez !

Stéphane Audeguy est professeur d’histoire du cinéma et des arts, il vit à Paris, La Théorie des nuages était son premier roman. Il a depuis publié Fils unique, toujours chez Gallimard, en 2006.

mercredi 20 août 2008

Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Conseil de lecture: Zone, de Mathias EnardMathias Enard vit à Barcelone et enseigne l'arabe à l'université de la ville.
Il a étudié le persan et l'arabe et a un doctorat du Cnrs, section monde iranien.
Il a séjourné régulièrement au moyen-orient, en particulier à Beyrouth. Il a déjà publié trois ouvrages. ( La Perfection du tir et Remonter l'Orénoque chez Actes Sud et Bréviaire des artificiers chez Verticales ) Zone est édité par Actes Sud

Face à l'une des caractéristiques de ce livre, ma première réaction a été de penser au procédé.
Pensez, un livre sans points, on a connu d'autres formes de disparitions.

Mais celle-ci fonctionne, et se justifie. Le personnage voyage à bord d'un train et songe. Et l'on suit le fil de son introspection.
Prenant, très bien écrit, il déroule son histoire, ses histoires, et ne se réduit pas à sa forme.
Pratiquement, un livre sans point est délicat à lire, les repères habituels manquent, et il est difficile d'interrompre sa lecture pour la reprendre plus tard. Savoir où le laisser, pousser jusqu'à la fin d'un chapitre ou non, laisser la phrase en suspension un peu au hasard ou non, dans ce roman tendu, ce n'est pas simple.
Le livre le demande pourtant.
Dense et complexe, il fait partie de ces romans que l'on ne peut lire d'une seule traite, mais qu'il faut prendre le temps d'apprécier et de digérer. Savoir le poser, pour le reprendre plus tard.

Parler de ce qu'il raconte, beaucoup l'ont déjà fait, et comme souvent avec les bons livres, ce n'est pas essentiel.
Voila ce qu'en dit l'éditeur:
Par une nuit décisive un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l'Histoire, dans un immense travelling qui mêle bourreaux et victimes, héros et criminels des guerres de la Méditerranée : une Iliade de notre temps.

Pour l'instant, le plaisir est là, mais attention, nous ne sommes pas dans le domaine du demi-roman à l'eau de rose publié par un auteur bien épaulé par les gens du marketing.

La suite dès que je l'ai fini.

mardi 17 juin 2008

Sobibor de Jean Molla

Conseil de lecture: Sobibor de Jean Molla Jean Molla est né en 1958 au Maroc. Il fait des études de lettres puis, par hasard, des études de tourisme.
Après s'être livré aux abeilles en tant qu'apiculteur, après avoir enseigné la guitare classique et avoir été guide dans un musée, il est aujourd'hui professeur de lettres à Poitiers.
En 2000, il commence à écrire et il eut bien raison. Il écrit pour les enfants et pour les adolescents.
Plus de vingt ouvrages de Jean Molla vous attendent. C'est en 2003 qu'il publie Sobibor.

Emma se fait vomir. Jean Molla ne nous épargne aucun détail. Emma, les deux doigts enfoncés dans la gorge et ce qui suit. Pourquoi la jeune fille fait-elle subir à son corps ce calvaire ?
Emma se raconte et sa réflexion est sans apitoiement.
Mais pourquoi garde-t-elle sa souffrance pour elle ?
Ce roman s'appelle Sobibor. Sobibor est le nom de ce village de Pologne tragiquement célèbre pour les 250 000 Juifs exterminés par les nazis en 1942 et en 1943. Alors comment l'histoire d'Emma rejoint-elle cette insupportable période de l'histoire?
Ce roman est un acte de mémoire. Pas d'euphémismes mais des interrogations âpres sur la responsabilité. Sobibor est un roman qui prend aux tripes et ce n'est pas un jeu de mots.

Un livre bouleversant qui s'adresse aux adolescents mais aussi aux adultes qui auraient aimé qu'on leur parle sans détours à 15 ans.
à partir de 13 ans

Gallimard Jeunesse, collection Scripto

mercredi 7 mai 2008

Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (1958)

Conseil de lecture: Mémoires d’une jeune fille rangée  de Simone de BeauvoirOui enfin bon, c’est quoi cette idée d’écrire un commentaire sur Les Mémoires d’une jeune fille rangée, que la moitié des alphabètes sont censés avoir lu, relu, voire perdu tellement ils l’ont promené d’une étagère à l’autre depuis le lycée ?
Hé bien je le dis : je ne l’avais jamais lu.
Je dis mieux : je n’avais jamais lu AUCUN livre de Simone de Beauvoir. Toc.
Mais après avoir découvert celui-là, et dans la foulée la moitié des autres, je ne peux pas m’empêcher de dire aux deux ou trois qui ne l’auraient pas lu non plus qu’il faut immédiatement qu’ils se ruent dessus.
Ni plus ni moins.

On pourrait se dire, c’est une autobiographie.
Bon. Ce n’est pas faux du reste, puisque S. de Beauvoir raconte ici les 22 années qui s’empilent entre sa naissance en 1908 et son agrégation de philosophie à la Sorbonne.
On parcourt une époque, on pénètre un milieu incertain, qui s’écartèle entre aristocratie et bourgeoisie, on arpente Paris, on s’échappe ou l’on étouffe dans la maison de campagne familiale, on entrevoit la rencontre avec Sartre.
Plus que tout, on est crocheté par l’honnêteté sans faille avec laquelle l’auteur décrit cet environnement, sa manière de grandir, d’évoluer, d’apprendre, d’être à côté des autres. Sans omission, sans concession, sans édulcorant. L’auteur livre les faits, des décennies plus tard, et en explique l’enchaînement, en dévoile les traces, en extrait leurs enseignements.
La biographie, toute passionnante qu’elle soit, n’est que prétexte. Elle permet d’aller forer le concret pour en arracher des considérations philosophiques à fort pouvoir luminescent.
Ca paraît simple, comme ça.
C’est virtuose. Dément. Ouh la la. Monumental.

mercredi 30 avril 2008

Nullarbor de David Fauquemberg (2007)

Conseil de lecture: Nullarbor de David Fauquemberg (2007)Ecrivain et traducteur, David Fauquemberg a 34 ans. En 1998, il enseigne quelques mois la philosophie avant de prendre la tangente.
Il part en Australie pendant plus de deux ans. Un périple tragique dans l'ouest australien lui a inspiré son premier récit Nullarbor.
De retour en France, il devient critique de théâtre, auteur de guides chez Gallimard et Dakota, et enfin traducteur littéraire – notamment James Meek.
Il travaille actuellement sur un second roman, qui se déroule à Cuba et dont le thème central est la boxe.

Nullarbor est un récit de voyage.
Et voilà qu'on vous l'offre. Merci bien.
Si c'est pour regarder rouler les grosses vagues enveloppantes des plages australiennes, si c'est pour voir des kangourous regarder des surfeurs, merci bien.
Laissons s'écraser les grosses vagues bleues, se ramasser les hommes en combinaison et remercions David Fauquemberg pour ce voyage imprévu.
Après deux années passées à Melbourne, « fauché, la rage au ventre », le narrateur s'en va vers l'Ouest, traverse la Nullarbor, la « plaine sans arbre », direction Perth, puis Fremantle, Broome, Wreck Point.
Nullarbor est un récit captivant.
Aux premiers pas, la narration est simple. Mais ce n'est qu'apparence. Certes, les phrases brèves et le passé composé rendent le pas tranquille.
Le narrateur va de rencontre en rencontre, avec Adam, personnage déroutant, dans sa vieille guimbarde qui manque de rendre l'âme d'un moment à l'autre, avec des voyageurs surgis de nulle part et allant je ne sais où, avec Bruce, Curt et Greta, aux côtés desquels le narrateur, lors d'une pêche aux thons, devient témoin d'un carnage écoeurant. Puis on avance et on se rend compte que la violence sourd. Les dangers grondent que ce soit dans la mer, dans les terres ou dans la lagune où serpents et crocodiles se cachent. Nullarbor est le récit d'un enlisement. Pourtant l'homme s'y risque. Mais comme il a du mal à agir sans causer, il cause.
Et c'est certainement là qu'est la force de ce récit : dans la gouaille des conversations improvisées et des histoires racontées mêlée à la clarté des très belles descriptions. La parole agit comme un charme et nous happe comme savent le faire les contes.
Gare ! A peine est-on arrivé sur la frontière de l'Australie-Occidentale avec Adam qu'il est trop tard , on est pris.

David Fauquemberg est un narrateur discret et pudique, un gars qui ne parle pas de lui et qui mérite d'être rencontré à la lecture de ce très beau livre.

vendredi 18 avril 2008

Suite française, de Irène Némirovsky (2004)

Suite française, de Irène Némirovsky (2004)Fille d’une famille russe qui a fuit la révolution, Irène Némirovsky est arrivée en France en 1919.
Son premier texte, écrit en français, est publié en 1921. Elle rencontre réellement le public en 1929 avec la publication de son deuxième roman, David Golder.
Elle publiera plus d’une douzaine de romans avant d'être déportée. Elle meurt en 1942, à Auschwitz.

Suite française est le roman de l’exode français de 1940 puis de l’occupation du pays par l’armée allemande.
Acide, c’est le portrait sans compromis de la France de l’époque. Rares sont ceux que sa plume grandit.
Ecrivain suffisant, curé droit dans ses bottes, parents ballottés par les ordres et les contre-ordres de leur employeur, banquiers, enfants à la lisière de l'âge adulte, c’est une galerie de personnages dans l’histoire en cours.
Son écriture est lumineuse et précise et on sent dans ses lignes l’urgence portée par quelqu’un qui sait les dangers qui l’entourent, qui devine ceux qui approchent.

Son projet d’une suite de cinq romans qui devaient décrire la France pendant la guerre reste inachevé.
Suite française rassemble les deux premiers, Tempête en juin et Dolce. Les trois suivants, déjà titrés, devaient s'appeler Captivité, Bataille et La paix. Captivité devait parler de résistance, Bataille et La paix étaient suivis dans ses notes d'un point d'interrogation. En 1942, sa finesse lui permet de sentir l'enchaînement de la guerre.
Et lui fait écrire, dans une lettre à son éditeur "Cher Ami... pensez à moi. J'ai beaucoup écrit. Je suppose que ce seront des œuvres posthumes, mais ça fait passer le temps."
Une auteure puissante, croyez le.

jeudi 17 avril 2008

Songes de Mevlido d'Antoine Volodine (2007)

 Songes de Mevlido d'Antoine Volodine (2007)Ce que redoute Mevlido, c'est le moment où il doit faire son autocritique devant les membres du Parti ou bien parler de lui lors de son analyse. On voit bien qu'il n'a pas eu à rendre compte du roman de son créateur, Songes de Mevlido, parce que ça, c'est redoutable.
Pourtant la trame narrative est praticable. Elle offre même le palpitant du roman d'espionnage politique. Mevlido est membre de l'Organe, lequel lui impose une mission. Mevlido renaît dans la peau d'un flic. On comprend qu'il sue, on comprend qu'il se vide. C'est un temps à venir, après guerre et destruction de l'humanité, c'est le cerveau d'un homme qui a perdu la femme aimée, Verena Becker, massacrée par des enfants-soldats. Commence alors le parcours chaotique du bonhomme à la recherche de l'enfant-soldat ; il se fait dans le songe, entre réalité et rêve. Les lieux et les pensées se superposent, labyrinthe boueux et nauséabond, au sol jonché de junkies et de cadavres, survolé d'oiseaux inquiétants.
Les personnages sont attachants mais échappent à Mevlido qui veut les étreindre mais comme dans les rêves, on n' y arrive pas. Le plaisir de la lecture de ce livre découle du jeu subtil qui consiste à reccoler les morceaux de souvenirs .
On aime guetter le narrateur à la première personne quand enfin Mevlido semble trouver la lumière pour sortir de ce bourbier. On assiste à la construction d'un "je", qui, bien que commandité, télécommandé et cerné par le carcan du pouvoir, est désireux de trouver quelque chose.

Il est fortiche ce Volodine parce qu'il ne raconte pas un rêve mais il parvient à faire le plus difficile : suggérer cette atmosphère qui vous colle à l'esprit quand le rêve est pourtant fini et qu'il vous laisse des éclats de sens.

dimanche 30 mars 2008

Ecologica, d’André Gorz

Ecologica, d’André GorzAndré Gorz (1923 – 2007), journaliste et philosophe, disciple de l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, contributeur des Temps Modernes, co-fondateur du Nouvel Observateur, est l’un des principaux théoriciens de l’écologie politique.

Pour découvrir le travail et la pensée d’André Gorz, Ecologica est une excellente entrée en matière. L’ouvrage regroupe sept textes et articles parus entre 1975 et 2007, d’une vingtaine de pages chacun, faciles à lire, et passionnants. Tout en refusant un pessimisme stérile, André Gorz met en lumière les implications individuelles et collectives du système capitaliste.
Il décortique les rouages du productivisme et du consumérisme, et nomme avec pertinence les frustrations qu’ils génèrent. Bien loin d’une quelconque forme d’embrigadement, il propose des outils pour prendre conscience, et réfléchir.
Son écriture limpide et l’acuité de ses démonstrations, souvent empreintes d’humour, aident à organiser une pensée, à se positionner, à choisir. A distinguer entre des désirs réels et des désirs factices, fabriqués de toutes pièces, pour alimenter les insatiables besoins du capital. André Gorz convie une notion essentielle, à la fois désuète et émancipatrice : celle du « suffisant ».
Si elle est infiniment complexe à mettre en œuvre à l’échelle d’une société, elle peut a minima s’avérer opportune dans nos prises de décisions individuelles…

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