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lundi 20 avril 2009

Isabelle Gozard

Originaire du centre de la France, c’est là, protégée par le silence de la campagne nivernaise que j’ai commencé à cultiver le plaisir de la lecture.
A 18 ans, je suis partie à Paris où je suis devenue comédienne. Un métier qui m’a souvent fait côtoyer l’Asie, spécialement l’Inde et le Japon.
En 2004, je suis partie vivre trois ans au Vietnam pour un projet d’écriture.
Là bas, j’ai beaucoup lu. L’isolement, l’impossibilité d’acheter, au pied levé, des livres, m’a paradoxalement amenée à suivre plus régulièrement l’actualité littéraire – Ah, Le matricule des anges ! - et à lire de nouveaux auteurs.
Là-bas, j’ai découvert Duong Thu Huong, et Haruki Murakami qui sont aujourd’hui deux de mes auteurs contemporains asiatiques préférés.
Mes choix de lectures sont arbitraires : je farfouille en librairie, je regarde dans les revues, les quotidiens, je suis les sorties des auteurs que j’aime, je me renseigne auprès des amis (pas tous !), je laisse traîner mes oreilles dans les cafés.. .
Je lis beaucoup de romans, quelques essais, peu de nouvelles. Je lis souvent le matin en prenant mon petit déjeuner, je lis le soir avant de m’endormir, je lis quand ma fille fait ses devoirs, je lis en vacances, je lis dans le métro, dans le train…
Mes livres, je les aime tous et je les garde tous.
Je les prête peu, seulement si je suis sûre de les revoir. J’aime leur présence, pas loin, dans ma bibliothèque. J’aime les avoir sur mon bureau, en piles mal alignées, en bazar, à portée de main.
 

Ses 10 auteurs :

  • Leslie Kaplan
  • Duong Thu Huong
  • Haruki Murakami
  • Siri Hustvedt
  • Paul Auster
  • Henry Bauchau
  • Serge Filippini
  • Magda Szabo
  • Sylvie Germain
  • Jorn Riel

jeudi 16 avril 2009

Antoine Grospiron-Jaccoux

Oublier les mots qui défilent

Un livre c’est à la fois fuir la réalité et la pénétrer par une porte dérobée.
On s’extirpe de son corps pour prendre l’apparence de personnages, de couleurs, d’impressions selon la caresse et le travail magnanime des mots sur notre imagination. Les auteurs, les bons, selon une perception toute subjective, sont ceux qui m’éloignent de ma condition de lecteur et arrivent à me transformer en capitaine de navire, en mousse, en chasseur de fauve, en fauve, en cavalier galopant dans la steppe ou en cowboy mangeur de sauterelles en pleine débandade de l’armée sudiste.
Cette liste étant bien entendu ouverte à toutes les explosions fantasmagoriques de l’écrivain, manipulateur de mon imagination tel un marionnettiste machiavélique. L’auteur doit être un jongleur habile de la création dont la performance n’est pas fondée sur l’exubérance des acrobaties mais sur l’esthétisme et la puissance de la composition.

Antoine Grospiron Jaccoux, journaliste, diplômé de droit et d’anglais, résidant la plupart du temps à Chamonix, passionné de montagne, souvent sur les routes, notamment celles d’Amérique du nord.

Antoine

 

Ses écrivains :

  • Charles Bukowski
  • Richard Brautigan
  • Jack Kerouac
  • J.D. Salinger
  • Cormac McCarthy
  • Truman Capote
  • Vladimir Nabokov
  • John Fante
  • John Steinbeck
  • William Faulkner
  • Romain Gary
  • Philippe Djian

mardi 14 avril 2009

Christian Marchal, par Marie Lebrun

Autant est-il très vif pour rendre compte d'un livre, autant rédiger quelques lignes le concernant le laisse coi.
Christian.

J'ai donc accepté de témoigner à visage couvert et la voix déformée.
Sa table de nuit ressemble à un gros cube chargé de livres. Au sol, un gros bouquin sur Bob Dylan chevauche des nouvelles de Sciascia.
Dumas est vautré sur un livre intitulé Les Jésuites, lequel est adossé à Salman Rushdie.
Au-dessous, écrasé par l'autobiographie d'Evguénia Guinzboroug et ses témoignages sur les camps d'URSS, un livre sur Churchill (on voit son visage sur la couverture), lequel jette un regard torve sur les commissaires alcooliques anonymes des polars le jouxtant.
Il les aime ses commissaires : le Dave Robicheaux de  James Lee Burke en tête, Le Montalbano de Camilleri, mais plus que tout, plus que  la douceur angevine, le voleur Dortmunder de Westlake.
Je vois Christian qui pouffe de rire dans son lit.
Il a des lubies, ce lecteur, et il leur est fidèle. Jadis il s'est fortement intéressé à l'histoire des virus en lisant un livre de Mirko Grmek. Alors on n'est guère étonné de le retrouver dix ans plus tard avec Vérole, cancer et cie de Lambert dans ses mains. Il est aussi passionné d'histoire, les Cathares, les années 70, l'époque romaine... Fou de mythes, il s'émeut encore de la mort d'Hector.
Mais le spectacle le plus étonnant, c'est lorsqu'il ressort Cent ans de solitude et qu'il récite «Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia …. » qu'il connaît par coeur. Ce sont les rares moments où il est sérieux. La relecture est cyclique chez lui. Un lustre et il  relit. Dumas par exemple. Je l'ai vu relire une série de Zola. Peut-être les faibles fois où son moral tourné vers le rire a vacillé. Voilà pourquoi pas loin de lui traînent Perec et Queneau. Les jeux littéraires l'enchantent et il les pratique, jubilation.
Et puis, il a ses petits jardins secrets, des livres qu'il lit en cachette. Je suis tombée sur l'un d'entre eux, sans fouiller : La crise, pourquoi en est-on arrivé là ? Mais la pudeur me prend.

Christian Marchal habite à Douvres-la Délivrande et dans sa voiture il écoute en boucle les Rolling Stones et rit du sourire de Shane Mc Gowan.

 

Ses auteurs de chevet :

lundi 13 avril 2009

Rêves de train de Denis Johnson

Dans un papier à propos du dernier roman de Denis Johnson, Arbre de fumée, Philippe Djian écrit : « les grands auteurs ont ce pouvoir de rendre la vie acceptable, reposante ». Ça m’a fait chaud au cœur. Parce que c’est vrai. Rêves de train est son précédent roman, dont la traduction française est parue en 2007 chez Christian Bourgois.
C’est l’histoire de Robert Grainier, comment il vécut, comment il est mort. Robert Grainier est bûcheron. Veuf. Il a passé les trois-quarts de sa vie aux abords de la Spokane International, une ligne de chemin de fer du nord de l’Idaho. L’histoire se déroule entre la fin du XIXème et les années soixante.
Au premier plan, il y a la Nature omniprésente. A peine domestiquée. Selon qu’elle est ravagée par un incendie, rayonnante au printemps ou étouffée sous la neige, elle nous en dit long sur Grainier. Mieux qu’un discours. Comme un dessin. Et sur cette trame, les actes des hommes viennent s’enchaîner : la lâcheté toute simple, la connerie toute nue, la solitude immense, la peur enfantine des loups et celle de la mort aussi.
Chez Grainier, pas de quête de bonheur, ni de plaisir, encore moins de la vérité (sur la mort de sa femme en particulier). Il avance au jour le jour. C’est sa seule ligne de conduite. Le reste n’est que rencontres fortuites, souvenirs précieux ou au contraire effrayants, et quelques émerveillements simplets ─ pour les ouvrages d’art le long de la voie ferrée, pour la compagnie d’un chien qui n’est pas le sien. Tout ça lui fait un manteau pour l’hiver, une couverture de survie en fait.
On ne peut pas dire s’il fut heureux ou triste, mauvais ou généreux, courageux ou faible. Il fut un peu de tout, sans crainte des contradictions. Fruste et complexe à la fois.
Denis Johnson a cousu les morceaux de ce patchwork sans logique apparente, pour en faire un grand boutis comme dans la cabane de Grainier. Un tissu coloré et pratique. Ce n’est pas l’étoffe dont on fait les héros. C’est l’enveloppe tendre d’un homme.

Titre : Rêves de train
Type : Romans et fiction romanesque
Auteur : Johnson Denis
traduit de l'anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent
Editeur  : Christian Bourgois
EAN: 9782267018790
ISBN :  2267018799
Date de parution : 04/01/2007
Dispo. : disponible
Poids : 150 g
Nb de pages : 132 pages
Prix éditeur: 15, 00 €

mardi 7 avril 2009

Raphaëlle Aviat

J’ai besoin de temps pour lire. Pas seulement parce que je lis lentement. Lorsque je réussis à passer 2 ou 3 heures d’affilée dans un livre, je veux dire sans m’ennuyer, sans avoir mal aux bras ou sans m’endormir tout simplement, je suis contente. C’est un plaisir rare.

Je suis peu soigneuse avec les livres. Je les traîne partout avec moi. Je n’écris pas dedans mais il m’est arrivé à une époque de corner les pages pour me souvenir de passages importants.

Je lis sans compter. Si bien que je ne sais plus ce que j’ai déjà lu. Pour autant, je n’aime pas relire un livre. Je déteste même ça.

Je ne suis pas attachée aux livres en tant qu’objet. Au contraire, j’aime l’idée qu’ils circulent.

Quant aux auteurs, cette brochette de lointains camarades, je les apprécie surtout vivants. Je guette leurs publications comme des retrouvailles. J’ai comme ça quelques fidélités indéfectibles. Celle à Philippe Djian se situe au-dessus de toutes les autres.

Raphaëlle
 

Ses 10 auteurs :

  • Philippe Djian
  • Philip Roth
  • Jean Echenoz
  • Charles Juliet
  • Arnaud Cathrine
  • Maryline Desbiolles
  • Arto Paasilinna
  • William Boyd
  • Sylvie Germain
  • François Taillandier

vendredi 30 janvier 2009

Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke

Il y a des jours comme ça : on a fini de lire un livre, on n'en a pas d'avance, on n'a pas envie de relire, on s'en va rôder chez le libraire, on regarde les tranches, un peu morose, et paf : un titre !
Un titre qui donne envie. C'est ainsi que j'ai acheté Dans la brume électrique avec les morts confédérés.
Je l'ai acheté, je l'ai dévoré, j'ai lu tous les Lee Burke qui me tombaient sous la main.
Tous valaient le coup, mais aucun ne valait celui-là. Je l'ai relu.
Voilà l'affaire. Dave Robicheaux est inspecteur au service du sheriff de la paroisse (on dit comme ça en Louisiane, pas "comté") de New Iberia, au bord des bayous. Le Sud profond quoi, mais en Louisiane. Dave est un ancien alcoolique hanté par la guerre du Vietnam (il y était lieutenant), secoué parfois par des crises d'extrême violence, totalement dépourvu d'humour et encadré, soutenu, aimé par sa femme Bootsie et sa fille adoptive Alafair.
Il gère aussi un magasin de pêche et d'appâts sur le bayou, avec le vieux noir Batist (imaginez-vous ça en France ?).

Une équipe d'Hollywood débarque pour tourner un film sur la guerre de sécession, et bien sûr bouleverse la vie de la petite ville, d'autant plus  qu'ils ont l'excellente idée de se faire financer par la mafia de la Nouvelle-Orléans et son étoile montante, Julie Balboni, vieille connaissance de Dave.

Le reste de l'histoire ?
Ben tiens ! Lis !

Deux, trois trucs tout de même :
-La Louisianne, ses paysages, son histoire sont quasiment les personnages principaux. Lee Burke en parle, et c'est de la magie. Faites attention tout de même : n'attendez pas la description idyllique d'un paradis francophone états-unien. Oh non!
- Lee Burke a un talent particulier pour écrire sur les odeurs. Tiens : "(...) l'air était frais maintenant, et s'y mélait une pluie fine chargée des odeurs riches et lourdes d'humus humide, jasmins de nuit, roses et jeunes pousses de bambou". Et ça dès la première page... t'es pas volé !
-James Lee Burke ne se moque pas du monde et n'a rien d'un mystificateur : le titre a un sens parfaitement précis et repérable
- Il y a dans ce livre le plus beau des fantômes que j'ai rencontrés au cours de mes lectures.

C'est un beau livre, tout simplement un très, très beau livre.

P.S : le livre vient d'être adapté au cinéma, par Bertrand Tavernier, sous le titre Dans la brume électrique.

Titre : Dans la brume électrique avec les morts confédérés
Type : Romans policiers / espionnage
Auteur : Burke  James Lee
 trad. de l'américain par Freddy Michalski
Editeur  : Rivages poche
ISBN : 9782743618148
Date de parution : 19/01/1999
Dispo. : disponible
Poids : 255 g
Nb de pages : 480
Prix éditeur: 10, 40

jeudi 22 janvier 2009

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation de Georges Perec

"... Vous voilà avec un nouvel ingénieur soyez bien avec lui faites semblant de travailler par exemple ou même pourquoi pas travaillez vraiment vous verrez c'est intéressant parfois d'ailleurs il n'est pas mauvais..."

Le lecteur subtil aura , à ce point, noté deux évidences:
1.- y'a pas de ponctuation ? rugit-il, effaré.
- Nan. y'en a pas.
- Vraiment pas ? Même pas une 'tite virgule ?
- Nan j'te dis !
- La vache !!

2.-ça a l'air marrant ton truc, là.
- Exactement. C'est marrant. Tout est dans le titre.
Perec s'est amusé ( je ne peux pas imaginer qu'il ne se soit pas amusé à écrire ça ) à envisager toutes les situations possibles permettant d'accéder (ou non) au chef de service, et je vous promets qu'il y a vraiment de quoi rire.
Pas la peine d'en dire beaucoup plus. A mon avis, c'est un petit livre à offrir, voire à s'offrir, pourquoi pas ?
S'il vous reste de la menue monnaie, pensez aussi à Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?  Même auteur, même humour, même goût de la répétition, de la saturation.
Ensuite il sera toujours temps de revenir à la crise...
J'oubliais: si des fois il vous restait encore des sous en secouant le pantalon, il y a aussi, toujours de Perec : Cantatrix sopranica et autres écrits scientifiques. Plus canulardesque (quoi que) que les deux autres, mais largement aussi drôle.
En effet, il faut bien finir par le dire: Perec était partisan de l'humour drôle.


Titre : L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation
Type : Littérature générale
Auteur : Perec Georges
Editeur  : Hachette littérature
ISBN : 9782012376434
Date de parution : 05/11/2008
Dispo. : disponible
Poids : 115 g
Nb de pages : 104
Prix éditeur: 12,00 €

vendredi 16 janvier 2009

Voleurs à la douzaine de Donald Westlake

Aujourd'hui, ami lecteur, trois questions décisives :

1. Qui a dit : "quand tu ne sais pas quoi faire, écris !" ?
-Euh... Victor Hugo ? Non mais ça aurait pu.
-Sarkozy ? Ça se saurait.
-Jérôme Kerviel ? Non plus...
Tu donnes ta langue au chat ?

En fait, c'est Donald Westlake, l'auteur immortel (façon de parler, il vient juste de mourir) de la série des Dortmunder (mais pas seulement).

2. A-t-on souvent l'occasion de se marrer quand on lit ?
Pas tant que ça, en fait...  Alors justement, quand tu lis les romans de Westlake mettant en scène John Dortmunder, le plus génial et le plus malchanceux de tous les cambrioleurs de toute la littérature, le plus sinistre aussi, justement, tu te marres.

3. Que faire quand on a un arrêt maladie consécutif à une sciatique (c'est juste un exemple) ? 

-Jardiner, chef ? C'est malin...
-Faire les soldes ? T'en as beaucoup comme ça, des idées ?
-J'ai trouvé, chef ! On peut lire un Westlake !
Ouais... Ou deux ou trois... Parce qu'en plus de Dortmunder et pour le même prix, tu as Andy Kelp (aussi jovial que J.D. est morose), qui ne vole que des voitures de médecin (tu sauras pourquoi si tu le lis), le monstrueux Tiny Bulcher, Stan Murch le chauffeur et sa maman la chauffeuse, sans oublier le délicieux fourgue Arnie Albright (toute sa famille s'est cotisée pour lui payer un séjour au Club Med au motif qu'il lui faut "améliorer sa personnalité" ; c'est dire...)

Voleurs à la douzaine est un recueil de nouvelles avec Dortmunder. On peut commencer comme ça. On peut aussi lire les romans (Les sentiers du désastre, Au pire qu'est-ce qu'on risque, Mauvaises nouvelles, Histoires d'os ... moi, j'ai un faible pour Dégâts des eaux).

Autre chose: Westlake est drôle, mais pas que... Il est par exemple l'auteur du Couperet, étonnant thriller social pas du tout rigolo.

Titre : Voleurs à la douzaine
Type : Nouvelles / Romans policiers / espionnage
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch
Auteur : Westlake Donald
Editeur  : Éd. Payot & Rivages
ISBN : 2-7436-1834-5
Date de parution : 04-06-2008
Dispo. : disponible
Poids : 350 g
Nb de pages : 224

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