La Théorie des nuages, de Stéphane Audeguy (2005)
Par Amélie Couillaud le mardi 26 août 2008, 17:35 - France - Lien permanent
Je ne savais pas que je pourrais trouver un intérêt à l’avènement de la science météorologique. Je ne savais pas que Virginie Latour, qui ressemble à tout sauf à un personnage de roman, avait une telle consistance, et me lâcherait à l’aube d’un avenir exultant. Je ne savais pas la solitude surchargée du grand couturier japonais né à Hiroshima. Je ne savais pas toutes les poussières vivantes et mortes qui flânent dans l’atmosphère et racontent l’unicité. Je n’avais pas vu les nuages. Je n’avais pas lu La Théorie des nuages.
On en a beaucoup parlé, de façon unanimement élogieuse. On a bien fait.
Ce livre est étonnant. L’érudition y fraye avec l’imagination, pour que les histoires croisent l’Histoire et la bâtissent, sans jamais s’y perdre, minutieusement. Tout y est sobrement décrit ; pas d’effet de style, pas d’accumulation de détails, aucun atermoiement sur aucun état d’âme. Une construction implacable, en revanche, doublée d’un merveilleux talent de conteur, et sans aucun doute d’une conviction têtue à dire ce qui est dit là. La dictature des sciences, lentement détournées à des fins destructrices, la simplicité infinie des corps qui désirent, la puissance des éléments qui continuent à prolonger le monde, l’héréditaire capacité à ne sauver qu’un nom, l’idiotie boursouflée de quelques apparences sociales, la densité vertigineuse d’une lettre écrite en confiance.
Il ne faut rien dévoiler, je ne dévoilerai rien ; mais lisez-le, offrez-le, vous verrez !
Stéphane Audeguy est professeur d’histoire du cinéma et des arts, il vit à Paris, La Théorie des nuages était son premier roman. Il a depuis publié Fils unique, toujours chez Gallimard, en 2006.


Commentaires
Pour avoir lu ce livre récémment, je me permets de ne pas partager votre avis. Si j'ai bcp aimé les passages relatifs aux chasseurs de nuages et à leur quête, j'ai trouvé le reste de l'histoire quelque peu sordide.
Rien de grand ni d'exaltant à mon sens, et pour ma part, j'aurai honte d'offrir un tel livre. Ce serait faire manque de considération envers mes proches.
Hey june. Ce n'est pas rien, la honte... alors surtout, en effet, n'offrez pas ce livre ! Quelque chose m'etonne toutefois, concernant le sordide. Il y en a, dans La Theorie des nuages. Je l'y trouve souvent teinte de micro-evenements qui toujours entrebaillent un passage vers autre chose. Mais peu importe. Le sordide s'oppose-t-il a la qualite d'un recit ou d'une ecriture ? La liste des auteurs magnifiques absolument sordides est fort longue. La liste des livres fascinants qui n'exaltent aucune grandeur aussi. Ceux qui vont puiser dans les bas-fonds, dans les trefonds, dans les recoins. Dans la honte aussi, peut-etre, pour la traquer ?!