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lundi 5 janvier 2009

Qui a dit que le yoga ne servait à rien ? de jean (décembre 2008)

Il y a tout de même quelques bonnes nouvelles en 2009.
L’une d’elles, c’est que jean est de retour.

Vous vous souvenez de jean ?
Celui qui a publié ces trois livres de collages très jolis et très drôles ?
Hé bien le revoilà. Sans collages cette fois.
Il s’est recyclé dans le guide pratique.

Le guide pratique ?
Oui.
Sur quoi ?
Le yoga.
Quoi ?!
Je le jure.

Avec les photos des postures et les explications de ce qu’il faut faire, comme dans tout magazine féminin qui se respecte.
Si, si.
Non, mais attendez. Il faut que je précise.
C’est le yoga UTILE. Pas seulement pour vous sentir bien dans votre corps, votre âme et tout ça, mais aussi pour éviter de vider le lave-vaisselle, par exemple. 

Et c’est tout aussi hilarant que les bouquins précédents.
Comment fait-on un bouquin hilarant en expliquant des postures de yoga ? 
Ben en s’appelant jean, et en ayant du talent. 
That’s it. 

C’est un régal, et ça s’offre à tour de bras.
Sauf aux éventuels extrémistes du yoga qui pourraient refuser obstinément qu’on en rie.

A part ceux-là, et éventuellement ceux qui de toutes façons n’ont aucun humour (mais vous leur faites des cadeaux à ces gens-là, vous ?), vous pouvez y aller, ça marche à tous les coups, c’est pas cher, et ça fait – vraiment – respirer !

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mercredi 31 décembre 2008

Right here

Pour finir cette belle année 2008, un instantané voyageur écrit par Amélie :

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jeudi 16 octobre 2008

Trois chevaux, Erri de Luca, 1999.

Couverture du livre Trois chevaux de Erri de Luca, 1999. C’est un homme assis à une table de café, qui lit. Des livres d’occasion. Il est jardinier et il sait, pertinemment. Il est au bord, tout le temps. Au bord des mots, du romantisme, du plaisir, du gouffre. Il semble n’y tomber jamais. Ou plutôt, il a du déjà y tomber complètement. C’est pour cela qu’il sait, sans doute, et qu’il parle peu. Il est rescapé, dur comme un roc érodé, ancré. Il frôle, seulement, la vie des autres. La sienne est marquée, déjà, alors il pense comme ses arbres, silencieusement. Il y a dans ses méandres un fatalisme presque total, qui par instants se laisse ébrécher, si la chaleur d’un corps en vie s’y emploie avec assez d’insistance.
Comme l’homme, Erri de Luca reste au bord. A chaque phrase, il risque de glisser dans quelque tentation de littérature trop aisée. Cheesie, peut-être, diraient les Américains. Et puis non. Il retient tout, juste avant la chute. La dictature argentine s’immisce entre les doigts calleux du planteur et teinte le présent d’indélébiles fantômes, obstinément là, jamais vraiment dits. La femme jeune, presque évidente, s’effeuille par éraflures. Les tauliers d’où qu’ils soient partagent sans épanchements. Il y a des traces de coups de feu, des éclats de sérénité, des impacts de fuites. Reste en suspens une densité trouble, un peu amère. Et des images, nombreuses, comme si on les avait vraiment vues. On ne sait plus très bien, à la fin, si elles sont anxiogènes, apaisantes, ou ensorceleuses.

Erri de Luca n’est pas Argentin, mais il pourrait. Il est né à Naples en 1950, on dit qu’il vit désormais prés de Rome. La plupart du temps, il écrit des romans.


Éditeur: Gallimard

mardi 26 août 2008

La Théorie des nuages, de Stéphane Audeguy (2005)

Conseil de lecture: La théorie des nuages, de Stéphane AudeguyJe ne savais pas que je pourrais trouver un intérêt à l’avènement de la science météorologique. Je ne savais pas que Virginie Latour, qui ressemble à tout sauf à un personnage de roman, avait une telle consistance, et me lâcherait à l’aube d’un avenir exultant. Je ne savais pas la solitude surchargée du grand couturier japonais né à Hiroshima. Je ne savais pas toutes les poussières vivantes et mortes qui flânent dans l’atmosphère et racontent l’unicité. Je n’avais pas vu les nuages.
Je n’avais pas lu La Théorie des nuages.
On en a beaucoup parlé, de façon unanimement élogieuse. On a bien fait.
Ce livre est étonnant. L’érudition y fraye avec l’imagination, pour que les histoires croisent l’Histoire et la bâtissent, sans jamais s’y perdre, minutieusement. Tout y est sobrement décrit ; pas d’effet de style, pas d’accumulation de détails, aucun atermoiement sur aucun état d’âme. Une construction implacable, en revanche, doublée d’un merveilleux talent de conteur, et sans aucun doute d’une conviction têtue à dire ce qui est dit là. La dictature des sciences, lentement détournées à des fins destructrices, la simplicité infinie des corps qui désirent, la puissance des éléments qui continuent à prolonger le monde, l’héréditaire capacité à ne sauver qu’un nom, l’idiotie boursouflée de quelques apparences sociales, la densité vertigineuse d’une lettre écrite en confiance.
Il ne faut rien dévoiler, je ne dévoilerai rien ; mais lisez-le, offrez-le, vous verrez !

Stéphane Audeguy est professeur d’histoire du cinéma et des arts, il vit à Paris, La Théorie des nuages était son premier roman. Il a depuis publié Fils unique, toujours chez Gallimard, en 2006.

mercredi 23 juillet 2008

Confessions d’un chasseur d’opium, de Nick Tosches (2001).

Conseil de lecture: Confessions d’un chasseur d’opium, de Nick ToschesElle fait moins la maligne, l’ostensible vacuité, sous la plume de Nick Tosches.
Il la plante là, dans quelque restau huppé de capitale occidentale, engorgée de sa suffisance adipeuse, déblatérant encore ses fausses éruditions. Il la flingue en quelques pages et déjà le plaisir s’échauffe, alerté par l’humour glacial et salutaire de l'auteur. Pour se mettre à l’endroit, Nick Tosches retourne la terre et part en épopée.
Qu’on ne s’y trompe pas ; il n’est question ni d’hallucinations foudroyantes, ni du témoignage écorché d’un héroïnomane rescapé de l’enfer.
L’opium est volupté. Il vient du fond des âges. Il séduisit les dieux, baptisa des cités et dicta ses rituels en grec et en latin. Il impose son rythme et choisit ses accessoires. Son chasseur est romantique, exigeant, obstiné ; il s’est éduqué au raffinement grandiose de la poésie d’Homère. Il traque une fumerie de velours silencieux et de courtisanes alanguies. Il suit la piste érotique de la sérénité. Il attend patiemment dans les bordels chinois et les bouges thaïlandais, suit ses guides obscurs et laconiques dans le dédale des réseaux et des ruelles brûlantes. Il ignore les appels des drogues aguicheuses et offertes, peut-être ceux, aussi, des innombrables prostituées, dociles, grouillantes, étonnées de sa quête hors d’âge.
Ses mots sont délétères et envoûtants. Et vous ne le lâchez plus. Il ne lâche plus non plus.
On glisse.

Nick Tosches naît en 1949 dans le New Jersey.
Un peu plus tard, il se met à écrire, à fumer, à boire, et à aimer Faulkner.
Ses livres sont publiés en français aux très jolies éditions Allia.

mercredi 7 mai 2008

Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (1958)

Conseil de lecture: Mémoires d’une jeune fille rangée  de Simone de BeauvoirOui enfin bon, c’est quoi cette idée d’écrire un commentaire sur Les Mémoires d’une jeune fille rangée, que la moitié des alphabètes sont censés avoir lu, relu, voire perdu tellement ils l’ont promené d’une étagère à l’autre depuis le lycée ?
Hé bien je le dis : je ne l’avais jamais lu.
Je dis mieux : je n’avais jamais lu AUCUN livre de Simone de Beauvoir. Toc.
Mais après avoir découvert celui-là, et dans la foulée la moitié des autres, je ne peux pas m’empêcher de dire aux deux ou trois qui ne l’auraient pas lu non plus qu’il faut immédiatement qu’ils se ruent dessus.
Ni plus ni moins.

On pourrait se dire, c’est une autobiographie.
Bon. Ce n’est pas faux du reste, puisque S. de Beauvoir raconte ici les 22 années qui s’empilent entre sa naissance en 1908 et son agrégation de philosophie à la Sorbonne.
On parcourt une époque, on pénètre un milieu incertain, qui s’écartèle entre aristocratie et bourgeoisie, on arpente Paris, on s’échappe ou l’on étouffe dans la maison de campagne familiale, on entrevoit la rencontre avec Sartre.
Plus que tout, on est crocheté par l’honnêteté sans faille avec laquelle l’auteur décrit cet environnement, sa manière de grandir, d’évoluer, d’apprendre, d’être à côté des autres. Sans omission, sans concession, sans édulcorant. L’auteur livre les faits, des décennies plus tard, et en explique l’enchaînement, en dévoile les traces, en extrait leurs enseignements.
La biographie, toute passionnante qu’elle soit, n’est que prétexte. Elle permet d’aller forer le concret pour en arracher des considérations philosophiques à fort pouvoir luminescent.
Ca paraît simple, comme ça.
C’est virtuose. Dément. Ouh la la. Monumental.

dimanche 30 mars 2008

Ecologica, d’André Gorz

Ecologica, d’André GorzAndré Gorz (1923 – 2007), journaliste et philosophe, disciple de l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, contributeur des Temps Modernes, co-fondateur du Nouvel Observateur, est l’un des principaux théoriciens de l’écologie politique.

Pour découvrir le travail et la pensée d’André Gorz, Ecologica est une excellente entrée en matière. L’ouvrage regroupe sept textes et articles parus entre 1975 et 2007, d’une vingtaine de pages chacun, faciles à lire, et passionnants. Tout en refusant un pessimisme stérile, André Gorz met en lumière les implications individuelles et collectives du système capitaliste.
Il décortique les rouages du productivisme et du consumérisme, et nomme avec pertinence les frustrations qu’ils génèrent. Bien loin d’une quelconque forme d’embrigadement, il propose des outils pour prendre conscience, et réfléchir.
Son écriture limpide et l’acuité de ses démonstrations, souvent empreintes d’humour, aident à organiser une pensée, à se positionner, à choisir. A distinguer entre des désirs réels et des désirs factices, fabriqués de toutes pièces, pour alimenter les insatiables besoins du capital. André Gorz convie une notion essentielle, à la fois désuète et émancipatrice : celle du « suffisant ».
Si elle est infiniment complexe à mettre en œuvre à l’échelle d’une société, elle peut a minima s’avérer opportune dans nos prises de décisions individuelles…

lundi 17 mars 2008

Les Beatles font l’intéressant , Le Pape est notre ami, Les filles sont des gens comme vous et moi de jean

Les Beatles font l’intéressant, le pape est notre ami et les filles sont des gens comme vous et moi de JeanCe n’est pas compliqué, ce sont des morceaux de papier, coupés, collés, avec un titre dessous.
Et c’est tout simplement hilarant.
En trois coups de ciseaux, jean revisite la biographie des Beatles, dévoile la vie cachée de Jean-Paul II, ou examine les filles, comme résigné ne pas tout fait les comprendre.
En aparté, il livre aussi ses recherches préliminaires et ses prévisions astrologiques, tout aussi réjouissantes.
Si l’absurde et le deuxième degré ne vous font pas rire, ça n’ira pas.
Sinon, précipitez-vous.

Parce qu’en plus d’être très drôles, ces bouquins sont très très jolis.

lundi 10 mars 2008

Je vois des pieds (2004), de Fabrice Million.

Je vois des pieds (2004), de Fabrice Million.Ces 62 courtes pages portent la voix d’un homme à qui, depuis longtemps, l’on ne demande plus rien.
« J’ai oublié le son de ma voix. Quand pendant plusieurs jours elle ne sort pas de moi, j’oublie son timbre. Silencieuse, dans ma gorge, elle gît, inerte ».

Il dort à l’extérieur des murs, là, juste en bas de l’immeuble.
Il sait le contact du goudron sur sa joue, porte dans son âme les stigmates du bitume et, pour une fois, les dit.
Dans un langage ciselé, magnifique, il affiche son invisibilité, et les déformations de son corps combattant. Cerné par nos talons, il dessine, patiemment, nos absurdes angoisses et nos propres fêlures. Sans plainte et sans vulgarité, avec une intimidante lucidité, il expose nos vies en écrivant la sienne.
«Je ne suis alors qu’un reflet, celui de votre déchéance, une trace d’hémoglobine sur un doigt entaillé que l’on supprime d’un coup de langue».
Ses mots d’orfèvre le décalent, loin de la crasse et des cartons, pour donner à son monologue tout le poids de sa dignité.

C’est un livre aigu, remarquable, qui remet l’homme debout.
Un de ces livres indispensables qui s’acharnent à démolir nos résignations.

lundi 3 mars 2008

L’Avalée des avalés (1966). Réjean Ducharme.

L’Avalée des avalés (1966). Réjean Ducharme.Premier roman de l'écrivain québécois dont personne ne sait rien, si ce n'est qu'il est né en août 1941 à Saint Félix-de-Valois.
Auteur de huit autres romans, de pièces de théâtre, de quelques chansons et de deux scénarios, il est aussi sculpteur et vit caché depuis quatre décennies.

On plonge avec la première phrase.
“Tout m’avale”, déclare Bérénice Einberg, enfant à l’autorité d’adulte, obstinée comme il faudrait toujours l’être à défendre le viscéral.
On plonge et on sort de l’eau 300 pages plus tard, malmené par les mots jubilatoires et implacables de la gamine qui vitupère. Accoutrée de son nihilisme démesuré, de son insatiabilité virale, de sa générosité acide, elle vous rappelle à l’ordre, vous précède, vous talonne, vous encercle, ne vous laisse pas respirer.
Réjean Ducharme ne dompte pas la langue, il l’invente. Il la refabrique et l’extrapole, pour le plaisir du jeu et la précision du sens. Déguisés en air de rien, les mots désadaptés vont direct là où ça vit et injectent leur volonté en intraveineuse.
Entre les lignes, contorsionnés, débordant de partout, il y a la solitude insensée, l’entêtement vertigineux, les rires pour poursuivre, et une tendresse monumentale, qui assène son évidence jusqu’à ce qu’on en presque crève.

Ce n'est pas forcément simple à lire, les mots en cascade vous emportent dans leur flot ou vous laissent sur le bord. Entre roman et poésie, ce livre peut emmener très loin, mais il faut accepter de ne pas lui résister.
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