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jeudi 14 mai 2009

Un pays à l'aube de Dennis Lehane (2009)

Dennis Lehane est un auteur américain né en 1965. Il a écrit des polars (la série des Kenzie- Gennaro) mais pas que (Shutter island). Attention : ce livre est publié chez Rivages/Thriller, mais n'a rien d'un thriller, ni d'un polar.
Il s'agit plutôt d'un roman historique.

- Mais m'sieur, c'est quoi un roman historique ?

- Bonne question mon p'tit Gaëtan. Risquons une définition : c'est un roman où l'histoire est présente à travers les faits et les personnages, donne le contexte dans lequel agissent les protagonistes, et explique parfois les raisons de leurs actes.

Le contexte ici, c'est quoi ? C'est Boston (Lehane ne parle que de Boston, ou presque) en 1918-1919 : la grippe espagnole, le retour des Boys d'Europe partis combattre là-bas, les immigrants de l'extérieur (Italiens, Irlandais....) ou de l'intérieur : les noirs qui remontent du Sud.
On croise aussi quelques personnalités marquantes: le président Wilson, le futur président Coolidge, le jeune J.E. Hoover, le joueur de base-ball Babe Ruth...
C'est dans ce contexte qu'agissent les personnages du roman : la famille Coughlin, Ed Mc Kenna (les Irlandais), le noir Luther et sa femme Lila, les anarchistes italiens, des bolcheviks lettons, des socialistes de tout poil, les premières associations de défense des noirs ( NAACP)...

Et que font-ils, ces personnages ?
Ils s'aiment, travaillent, militent, fuguent, se haïssent, et construisent l'Amérique dans un incroyable climat de violence sociale et raciale. L'histoire culmine avec la grève des policiers de Boston (imaginez ça ; une grève de policiers faméliques sous-payés, méprisés, qui doivent payer eux-mêmes leurs pansements quand ils sont blessés).
Ce gros livre défie un peu le résumé, mais quel pied !!
En plus d'être un grand roman (à mon modeste avis), il m'a donné l'impression de comprendre l'Amérique, voire les Américains... Pensez : un pays presque entièrement construit sur l'immigration, les immigrations.

Ai-je dit qu'il y avait aussi de belles histoires d'amour et de belles amitiés ? Non ?
Voilà alors, c'est fait.

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Titre : Un pays à l'aube
Type : Romans policiers / espionnage
Auteur : Lehane Dennis
Traduit de l' Anglais (Etats-Unis) par  Michel Deutsch
Editeur  : Rivages/Thriller
ISBN : 978-2743619367
Date de parution : 14/01/2009
Dispo. : disponible
Poids : 845 g
Nb de pages : 768
Prix éditeur: 23 €

vendredi 30 janvier 2009

Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke

Il y a des jours comme ça : on a fini de lire un livre, on n'en a pas d'avance, on n'a pas envie de relire, on s'en va rôder chez le libraire, on regarde les tranches, un peu morose, et paf : un titre !
Un titre qui donne envie. C'est ainsi que j'ai acheté Dans la brume électrique avec les morts confédérés.
Je l'ai acheté, je l'ai dévoré, j'ai lu tous les Lee Burke qui me tombaient sous la main.
Tous valaient le coup, mais aucun ne valait celui-là. Je l'ai relu.
Voilà l'affaire. Dave Robicheaux est inspecteur au service du sheriff de la paroisse (on dit comme ça en Louisiane, pas "comté") de New Iberia, au bord des bayous. Le Sud profond quoi, mais en Louisiane. Dave est un ancien alcoolique hanté par la guerre du Vietnam (il y était lieutenant), secoué parfois par des crises d'extrême violence, totalement dépourvu d'humour et encadré, soutenu, aimé par sa femme Bootsie et sa fille adoptive Alafair.
Il gère aussi un magasin de pêche et d'appâts sur le bayou, avec le vieux noir Batist (imaginez-vous ça en France ?).

Une équipe d'Hollywood débarque pour tourner un film sur la guerre de sécession, et bien sûr bouleverse la vie de la petite ville, d'autant plus  qu'ils ont l'excellente idée de se faire financer par la mafia de la Nouvelle-Orléans et son étoile montante, Julie Balboni, vieille connaissance de Dave.

Le reste de l'histoire ?
Ben tiens ! Lis !

Deux, trois trucs tout de même :
-La Louisianne, ses paysages, son histoire sont quasiment les personnages principaux. Lee Burke en parle, et c'est de la magie. Faites attention tout de même : n'attendez pas la description idyllique d'un paradis francophone états-unien. Oh non!
- Lee Burke a un talent particulier pour écrire sur les odeurs. Tiens : "(...) l'air était frais maintenant, et s'y mélait une pluie fine chargée des odeurs riches et lourdes d'humus humide, jasmins de nuit, roses et jeunes pousses de bambou". Et ça dès la première page... t'es pas volé !
-James Lee Burke ne se moque pas du monde et n'a rien d'un mystificateur : le titre a un sens parfaitement précis et repérable
- Il y a dans ce livre le plus beau des fantômes que j'ai rencontrés au cours de mes lectures.

C'est un beau livre, tout simplement un très, très beau livre.

P.S : le livre vient d'être adapté au cinéma, par Bertrand Tavernier, sous le titre Dans la brume électrique.

Titre : Dans la brume électrique avec les morts confédérés
Type : Romans policiers / espionnage
Auteur : Burke  James Lee
 trad. de l'américain par Freddy Michalski
Editeur  : Rivages poche
ISBN : 9782743618148
Date de parution : 19/01/1999
Dispo. : disponible
Poids : 255 g
Nb de pages : 480
Prix éditeur: 10, 40

vendredi 16 janvier 2009

Voleurs à la douzaine de Donald Westlake

Aujourd'hui, ami lecteur, trois questions décisives :

1. Qui a dit : "quand tu ne sais pas quoi faire, écris !" ?
-Euh... Victor Hugo ? Non mais ça aurait pu.
-Sarkozy ? Ça se saurait.
-Jérôme Kerviel ? Non plus...
Tu donnes ta langue au chat ?

En fait, c'est Donald Westlake, l'auteur immortel (façon de parler, il vient juste de mourir) de la série des Dortmunder (mais pas seulement).

2. A-t-on souvent l'occasion de se marrer quand on lit ?
Pas tant que ça, en fait...  Alors justement, quand tu lis les romans de Westlake mettant en scène John Dortmunder, le plus génial et le plus malchanceux de tous les cambrioleurs de toute la littérature, le plus sinistre aussi, justement, tu te marres.

3. Que faire quand on a un arrêt maladie consécutif à une sciatique (c'est juste un exemple) ? 

-Jardiner, chef ? C'est malin...
-Faire les soldes ? T'en as beaucoup comme ça, des idées ?
-J'ai trouvé, chef ! On peut lire un Westlake !
Ouais... Ou deux ou trois... Parce qu'en plus de Dortmunder et pour le même prix, tu as Andy Kelp (aussi jovial que J.D. est morose), qui ne vole que des voitures de médecin (tu sauras pourquoi si tu le lis), le monstrueux Tiny Bulcher, Stan Murch le chauffeur et sa maman la chauffeuse, sans oublier le délicieux fourgue Arnie Albright (toute sa famille s'est cotisée pour lui payer un séjour au Club Med au motif qu'il lui faut "améliorer sa personnalité" ; c'est dire...)

Voleurs à la douzaine est un recueil de nouvelles avec Dortmunder. On peut commencer comme ça. On peut aussi lire les romans (Les sentiers du désastre, Au pire qu'est-ce qu'on risque, Mauvaises nouvelles, Histoires d'os ... moi, j'ai un faible pour Dégâts des eaux).

Autre chose: Westlake est drôle, mais pas que... Il est par exemple l'auteur du Couperet, étonnant thriller social pas du tout rigolo.

Titre : Voleurs à la douzaine
Type : Nouvelles / Romans policiers / espionnage
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch
Auteur : Westlake Donald
Editeur  : Éd. Payot & Rivages
ISBN : 2-7436-1834-5
Date de parution : 04-06-2008
Dispo. : disponible
Poids : 350 g
Nb de pages : 224

jeudi 4 décembre 2008

Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain

Mark Twain(1835-1910).
Hemingway a écrit: "toute la littérature Américaine moderne descend d'un livre de mark Twain intitulé Huckleberry Finn......tout ce qui s'est écrit en Amérique vient de là"
Autant dire que c'est du lourd........

Qui n'a pas rêvé de descendre le Mississipi en radeau en compagnie d'un esclave fugitif ? Hein ?
Bon, c'est un début.
Mais aussi, qui ne chercherait à échapper à un père ivrogne qui vous enferme des jours entiers dans une cabane au fond des bois ?
A échapper en plus à Miss Watson qui veut à tout prix vous "civiliser", faire de vous un p'tit gars bien, craignant Dieu; toute cette sorte de choses.
Et justement, Jim ,l'esclave, il appartient à Miss Watson.
Donc, tout ça et la suite, ça nous donne Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain parce que Twain est un type simple: il écrit un livre qui raconte les aventures de Huckleberry finn et il appelle ça : Aventures de Huckleberry Finn.

Après, il suffit de le lire et de se laisser aller.
On dit que Twain est un pionnier de l'écriture "spontanée", qu'il a introduit la langue parlée dans l'écrit. Peut-être....en tout cas, qu'est-ce qu'il le fait bien!!
C'est drôle, souvent très drôle, ça rappelle parfois Lucky Luke. Goscinny a sûrement lu Mark Twain ( les plumes, le goudron, les escrocs minables....).
On a même le droit de penser à Don Quichotte mais bon, on n'est pas obligé.
Alors, bien sûr, la France de 2008 ne ressemble pas trop aux histoires inventées par l'americain moustachu. Raison de plus pour le lire !!
Autre chose: Twain est aussi l'auteur des Aventures de Tom Sawyer; même éditeur (Tristram), même traduction(Bernard Hoepffner) et ça doit valoir le coup aussi.
Et tiens ! ça tombe bien, Sawyer est aussi un personnage important de ce livre-ci (en fait, Tom Sawyer et Huck Finn sont potes).

Etonnant, non?

Éditeur: Tristram

mercredi 26 novembre 2008

Les marécages de Joe R. Lansdale

Soient:

- Un village (ou une petite ville) du Texas pendant la grande dépression (c'est juste un cadre; pas déterminant)
- Des relations abominables entre noirs et blancs: on est ici très au-delà de la "simple discrimination"
- Une famille déviante dans ce cadre infect: des blancs qui ne connaissent pas trop les noirs, mais jugent que ce sont des human beings: le père, la mère, la fille, le fils (c'est lui le narrateur, il doit avoir dans les douze ans), la grand-mère (elle vaut le détour)
- Des femmes noires puis blanches, atrocement assassinées.
- Un vieux noir lynché "à l'ancienne"pour les meurtres des femmes
- Un salon de coiffure
- .............. 


A l'arrivée, ça donne quoi ?
Un document sur le Ku Klux Klan des années trente ?
Non, pourtant,il est présent.
Un roman montrant la rédemption du mauvais blanc dont le héros ouvrirait les yeux?
Bah non !...
A l'arrivée, ça donne un thriller,un vrai avec en prime: une énigme, une vraie de vraie.

Morale et total: on se retrouve avec un bouquin qu'on cherche tout le temps partout parce qu'on l'a emmené et laissé dans tous les coins de la maison.


C'est énervant mais plutôt bon signe.

Editeur: Gallimard, collection Folio Policier

mercredi 23 juillet 2008

Confessions d’un chasseur d’opium, de Nick Tosches (2001).

Conseil de lecture: Confessions d’un chasseur d’opium, de Nick ToschesElle fait moins la maligne, l’ostensible vacuité, sous la plume de Nick Tosches.
Il la plante là, dans quelque restau huppé de capitale occidentale, engorgée de sa suffisance adipeuse, déblatérant encore ses fausses éruditions. Il la flingue en quelques pages et déjà le plaisir s’échauffe, alerté par l’humour glacial et salutaire de l'auteur. Pour se mettre à l’endroit, Nick Tosches retourne la terre et part en épopée.
Qu’on ne s’y trompe pas ; il n’est question ni d’hallucinations foudroyantes, ni du témoignage écorché d’un héroïnomane rescapé de l’enfer.
L’opium est volupté. Il vient du fond des âges. Il séduisit les dieux, baptisa des cités et dicta ses rituels en grec et en latin. Il impose son rythme et choisit ses accessoires. Son chasseur est romantique, exigeant, obstiné ; il s’est éduqué au raffinement grandiose de la poésie d’Homère. Il traque une fumerie de velours silencieux et de courtisanes alanguies. Il suit la piste érotique de la sérénité. Il attend patiemment dans les bordels chinois et les bouges thaïlandais, suit ses guides obscurs et laconiques dans le dédale des réseaux et des ruelles brûlantes. Il ignore les appels des drogues aguicheuses et offertes, peut-être ceux, aussi, des innombrables prostituées, dociles, grouillantes, étonnées de sa quête hors d’âge.
Ses mots sont délétères et envoûtants. Et vous ne le lâchez plus. Il ne lâche plus non plus.
On glisse.

Nick Tosches naît en 1949 dans le New Jersey.
Un peu plus tard, il se met à écrire, à fumer, à boire, et à aimer Faulkner.
Ses livres sont publiés en français aux très jolies éditions Allia.

jeudi 26 juin 2008

Les saisons de la nuit, de Colum McCann

Conseil de lecture: Les saisons de la nuit, de Colum McCannNé à Dublin en 1965, il quitte son pays pour les Etats-Unis en 1980.
Il fait le tour du pays à vélo, durant deux ans, ce qui donnera Sisters, son premier roman. Il a écrit plusieurs autres ouvrages, dont La rivière de l’exil, Danseur et Le chant du coyote.
Il vit désormais à New-York.

Les saisons de la nuit est le récit d’un passage de l’ombre à la lumière. Deux histoires croisées, se déroulant à deux époques différentes, qui finiront par se rejoindre.

D’une part, des mineurs du début du siècle dernier, qui, pelle à la main, dans la chaleur de l’air comprimé, creusent un tunnel destiné au passage du métro sous la rivière Hudson.
Parmi eux, il y a Nathan Walker, creuseur de tête, qui avec trois compagnons travaille devant le bouclier qui protège les autres ouvriers du chantier. Nathan qui dansera sur les flots.
Nathan, le noir qui épousera la fille blanche d’un de ses camarade, à une époque ou l’esclavage est à peine aboli aux Etats-Unis.

D’autre part, Treefog, le constructeur de gratte-ciel, en équilibre sur les poutres métalliques qu’il assemble au sommet.
Treefog que l’on découvre perché sur une plate-forme, niché dans un tunnel ferroviaire. Gueux parmi les gueux, il vit au coeur du sous monde des sans domicile new-yorkais.
Pourquoi et comment est-il arrivé ici, nous le découvrirons au fil du livre.

Un roman magnifique, le récit passionnant de ces deux vies, dans l’histoire des Etats-Unis et de New-York.
Lecture hautement recommandée.


Éditeur: Belfond

jeudi 19 juin 2008

Drama City, de George P. Pelecanos (2005)

Conseil de lecture: Drama City de George P. PelecanosGeorges P. Pelecanos est né en 1957 à Washington et vit a Silver Spring, dans la banlieue de la ville. Après des études de cinéma, il exerce plusieurs métiers avant de franchir le pas et ne vit plus aujourd'hui que de sa plume. Il a publié plus d'une douzaine de romans, et collabore régulièrement avec plusieurs journaux de sa ville.

Washington toujours. Le personnage récurrent de Pelecanos, c'est cette ville. Dans celui-la, pas de privé, personnage habituel de ses livres. Il fera juste une apparition au début du roman quand Lorenzo Brown le croisera en promenant son chien. Lorenzo Brown, que nous suivons tout au long de Drama City. Ancien taulard en liberté conditionnelle, il travaille pour la "humane society", qui s'occupe de contrôler les conditions de vie des animaux à Washington.

J'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre, avec parfois l'impression que le traducteur avait lui aussi du mal. Puis le rythme prend, et il m'a emporté, comme d'habitude avec cet auteur.
Il flirte souvent avec les limites, mais réussi à les tangenter. Ce livre pourrait être un conte moral un peu naïf et complaisant, mais il ne l'est pas. Il pourrait être vulgaire, mais ne l'est pas non plus. Culturellement très américain, il nous parle de voitures, d'armes, de gang, de musique et de combats de chiens.
Mais il est loin de se limiter à cela. Nous partageons les doutes qui habitent ses personnages, et nous suivons leurs histoires, qui se croisent et s'influencent.

Polar sans enquêteur ni quête, c'est le récit très réussi d'une certaine réalité américaine.

Éditeur: Seuil

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

mardi 10 juin 2008

Un été prodigue de Barbara Kingsolver (mars 2002)

Conseil de lecture: Un été prodigue de Barbara Kingsolver (mars 2002)Barbara Kingsolver est née en 1955 dans le Kentucky. Ses récits sont nourris d'une connaissance passionnée des Appalaches et celle de sujets comme l'agriculture ou la communauté indienne.
Un été prodigue est traduit par Guillemette Belleteste.

Un été prodigue raconte l'été de trois femmes. Les récits consacrés à chacune d'entre elles alternent.

Deanna est garde forestier et protège les animaux de la forêt. Elle sait tout de leurs comportements et s'en imprègne alors elle ne voit pas arriver d'un bon oeil le beau chasseur.
Lusa, elle, a beaucoup étudié la biologie et se retrouve dans la maison de la belle-famille.
Quant à Nannie Rawley qui va sur ses quatre-vingts ans, elle est observée par son sévère et grincheux contemporain de voisin.

Ce monde féminin est sans cliché. Point des baroudeuses, point de pâles copies d'hommes à la conquête de l'ouest.
D'ailleurs, elles y sont déjà à l'ouest.
Non qu'elles soient coupées de la société puisqu'elles mènent des activités professionnelles qui les passionnent mais elles se tiennent en marge des attentes qu'une société a de la femme. Ces personnages n'ont pas à se déplacer pour conquérir leur liberté - c'est sur place que chacune doit éclater ses carcans :
Deanna et ses principes d'indépendance, Lusa et le regard de sa belle-famille. Ces femmes se démènent avec leur désir. Mais il y a bien un moment où le mâle est là qui rôde (hou) et qui pourrait bien satisfaire ce désir. Un homme, oui, mais la liberté, qu'est ce que tu en fais ? On voudrait tant que ce soit une évidence cette liberté gagnée par Deanna. Or Kingsolver nous immerge dans la réflexion parfois tourmentée de ses personnages comme si aux abords du bien-être, elles étaient capables, toutes seules, de le fragiliser.
A aucun moment le ton n'est vindicatif. La force de ce roman est de nous transmettre un sentiment de plénitude, comme un éblouissement en haut de la montagne des Appalaches. Il est question de désir sexuel et de sensualité alors il n'y a pas de quoi s'énerver. Et puis, qu'il est rare de lire le regard d'une femme qui désire.
Va m'en trouver des livres qui t'invitent à ce point de vue. Peut-être madame de Rênal, page 16, dans Le Rouge et le Noir. C'est un livre qui apprend des choses sur les papillons, les coyotes et les pommes. L'écriture est profuse et rythmée. Les dialogues sont amusants et Kinsolver pratique l'autodérision à merveille. Soucieuse de détails, l'auteur écrit à la loupe. On suit docilement parce qu'il y a des tas de choses à apprendre. Elle se nourrit de préoccupations contemporaines, des conflits entre utilisateurs de pesticides et garants de l'équilibre écologique. Quand elle arrête sa narration, elle mêle à ses descriptions des informations passionnantes sur le fonctionnement du champignon, de l'oiseau et du coyote et rebondit en soumettant ses personnages à des interrogations sur les règles archaïques des comportements humains. On sort épanouie de la lecture de ce roman. On n'est pas des bêtes tout de même. Et bien des fois, on a bien envie.

Et si alors que vous lisez ce livre, vous êtes dérangé(e) par un bourdonnant coléoptère, je vous en prie, évitez de prendre Un été prodigue pour l'écraser, observez la bête plutôt. Peut-être est-ce votre sexualité qui est en jeu.

Éditeur: Rivages

dimanche 27 avril 2008

Crack de Ray Shell (1993)

Conseil de lecture: Crack de Ray Shell (1993)Acteur et musicien, Ray Shell a publié ce roman à 38 ans.
C'est pour l'instant son seul livre édité.

Le titre est explicite, c'est le récit d'une addiction à la drogue de la rue, de la monstrueuse dépendance au crack.
Un de ces écrits qui peuvent vous aider à vous tenir éloigné des drogues de synthèse, si vous naviguez dans leurs dangereux parages.
Mais il ne se résume pas à cela.
Ecrit à la première personne, c'est le journal irrégulier de Cornelius, noir américain et junkie new-yorkais. Empli de culpabilité après la mort de son frère, vivant aux crochets de sa sœur et de sa mère, il chronique sa longue chute, dans un trou qui paraît sans fond.
Perturbant dans sa forme, aussi bien typographique que stylistique, violent dans ses propos, c'est un ouvrage choquant, sans issue.
Un de ces livres auxquels il est recommandé de ne pas trop s'identifier.

Un livre enrichissant, malgré son total désespoir.

mardi 22 avril 2008

Los boys de Junot Diaz (1996)

Conseil de lecture: Los boys de Junot Diaz (1996)Junot Diaz est né à Saint-Domingue en 1968 et a rejoint son père aux États Unis à l'age de six ans.
Il a publié de nombreuses nouvelles dans des journaux et magazines, dont le célèbre New Yorker. Après Los boys, son second roman paraîtra en 2007.
The brief wondrous life of Oscar Wao a obtenu le prix Pulitzer en 2008. Il sera publié en France le 22 janvier 2009 sous le titre La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao, chez Plon.


A mi-chemin entre le court roman et le recueil de nouvelles, Los boys et un livre assez court, au style un peu décousu et redoutablement efficace.
On suit le narrateur de l'enfance à l'age adulte, dans un langage très vivant truffé d'espagnol .
(pas d'inquiétude, il y a un bon glossaire)
Il vit avec sa mère et son frère, dans un quartier pauvre de Saint-Domingue. Le père absent est aux États Unis, ou il vit avec une autre femme.
Alcool, violence, misère font partie du quotidien auquel sont confrontés les enfants et les adolescents qui peuplent ce livre.
Chronique de la vie dans ce quartier populaire, images nettes baignées dans un quotidien chaotique, un très bon petit livre.

mardi 5 février 2008

Méridien de sang de Cormac McCarthy

Critique de Méridien de sang, de Cormac McCarthyCormac McCarthy naît en 1933 dans le Tennessee.
Il commence à écrire en 59.

De si jolis chevaux, premier livre de sa trilogie des confins, lui apporte la reconnaissance en 1992.
Ecrivain majeur, il a un style puissant et imagé. Il nous parle souvent du mal, du coté obscur et part fouiller dans les grandes profondeurs de la noirceur de l’être humain.
Méridien de sang commence dans la boue. L’enfant, qui en est le personnage principal, s’y bat avec Toadvine. Frustre, violent, sombre. Ce sont les mots qui viennent à l’esprit quand on pense à ce livre.
On accompagne l’enfant, dont l’errance va rejoindre le chemin de chasseurs de scalps d’indiens, et qui va croiser le juge Holden. Incarnation de la violence dont l’être humain est porteur, le juge omniscient entraînera le gamin à sa suite, et scellera son destin.

Ce livre, c’est l’anti western américain : personne n’est beau, personne ne sauve personne, les cow-boys sont des clochards sauvages et une trace de sang marque leur passage.
A lire absolument.

Tortilla Flat de John Steinbeck

Critique de Tortilla Flat, roman de John SteinbeckJohn Steinbeck est né en 1902 dans la vallée de Salinas. La plupart de ses nombreux romans se déroulent en Californie, dans un milieu pauvre et paysan ou ouvrier. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1962.

Tortilla Flat a été écrit en 1935. Danny, le personnage central, revient de la première guerre mondiale. Quand il arrive à Tortilla Flat, il apprend qu’il a hérité de son grand père. Lui qui a toujours plus ou moins vécu dehors se retrouve propriétaire de deux maisons !
Pour digérer cette nouvelle, il s’offre un gallon de vin (3,7 litres de bon picrate, messieurs dames !) qu’il vide aussitôt. Steinbeck nous invite au cœur de la petite société de semi clochards qui ne se résolvent à travailler que quand il n’y a vraiment plus d’autre moyens de se procurer du vin. Ils passent leur temps à boire, philosopher sur leur environnement, draguer et se battre. Danny, qui ne veut pas que son nouveau statut de propriétaire l’éloigne de ses compères, loue une de ses maisons à Pilon pour quinze dollars par mois. Pilon la sous-loue à Pablo, pour quinze dollars par mois, et ainsi de suite. Bien sûr, personne ne paiera jamais un cent de loyer à personne.

C’est un livre drôle, fin, qui nous raconte l’amitié et la vie au jour le jour, et le bonheur qui peut s’y trouver. Un grand plaisir de lecteur, et des héros qui accordent plus d’importance à la vie et ses plaisirs qu’au travail. Ce qui nous change de l’Amérique des selfs made man à tendance winner, la main sur la bible.
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