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jeudi 22 janvier 2009

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation de Georges Perec

"... Vous voilà avec un nouvel ingénieur soyez bien avec lui faites semblant de travailler par exemple ou même pourquoi pas travaillez vraiment vous verrez c'est intéressant parfois d'ailleurs il n'est pas mauvais..."

Le lecteur subtil aura , à ce point, noté deux évidences:
1.- y'a pas de ponctuation ? rugit-il, effaré.
- Nan. y'en a pas.
- Vraiment pas ? Même pas une 'tite virgule ?
- Nan j'te dis !
- La vache !!

2.-ça a l'air marrant ton truc, là.
- Exactement. C'est marrant. Tout est dans le titre.
Perec s'est amusé ( je ne peux pas imaginer qu'il ne se soit pas amusé à écrire ça ) à envisager toutes les situations possibles permettant d'accéder (ou non) au chef de service, et je vous promets qu'il y a vraiment de quoi rire.
Pas la peine d'en dire beaucoup plus. A mon avis, c'est un petit livre à offrir, voire à s'offrir, pourquoi pas ?
S'il vous reste de la menue monnaie, pensez aussi à Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?  Même auteur, même humour, même goût de la répétition, de la saturation.
Ensuite il sera toujours temps de revenir à la crise...
J'oubliais: si des fois il vous restait encore des sous en secouant le pantalon, il y a aussi, toujours de Perec : Cantatrix sopranica et autres écrits scientifiques. Plus canulardesque (quoi que) que les deux autres, mais largement aussi drôle.
En effet, il faut bien finir par le dire: Perec était partisan de l'humour drôle.


Titre : L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation
Type : Littérature générale
Auteur : Perec Georges
Editeur  : Hachette littérature
ISBN : 9782012376434
Date de parution : 05/11/2008
Dispo. : disponible
Poids : 115 g
Nb de pages : 104
Prix éditeur: 12,00 €

mercredi 10 décembre 2008

La disparition de Georges Perec

La disparition, Georges Perec Voilà un bouquin instructif, paradoxal mais aussi marrant.
Allons plus loin: on pouvait, on aurait pu l'approfondir à loisir, administrant ainsi à tout un chacun un vrai cours doctrinal ou magistral, abrutissant l'insouciant badaud du blog, nonchalant passant du tissu mondial n'y pouvant mais.....

Bornons nous donc à fournir ici la transcription d'un folio dudit bouquin, citons G.P. ou plutôt son protagon A. Wilburg Savorgnan:

".... Il y a là quasi la loi du roman d'aujourd'hui: pour avoir l'intuition d'un pouvoir imaginatif sans limitation, allant jusqu'à l'infini,  s'autonourissant dans un surcroit colossal,......  Il faut, sinon il suffit qu'il n'y ait pas un mot qui soit fortuit..... mais qu'a contrario, tout mot soit produit sous la sanction d'un tamis contraignant, sous la sommation d'un canon absolu."

Voilà qui parait clair, convaincant, flagrant, positif, sûr par surcroit.
Mais quoi!!!
Vit-on jamais quidam parcourir un roman sans plaisir....
Bornant son horizon à nourrir l'affirmation, la confirmation d'un initial postulat ?
Nous crions: NON!!
Voilà pourquoi l'opus inouï ici applaudi fournit au jovial lisant un panard, un pinglot franc, massif continu, puis, pour finir, roboratif.

Ouf!


*ndlr: la disparition à pour particularité l'absence de la lettre e. Pas de e, non, pas un.
Editeur : Gallimard
Collection : L'Imaginaire

vendredi 12 septembre 2008

Laurent Gaudé, La porte des Enfers, 2008.

Couverture du livre de Laurent Gaudé, La porte des EnfersLa porte des Enfers, nous entraîne dans un récit fantastique, où alternent gravité et humour.
L’écriture concise, les phrases courtes installent un rythme rapide et très vivant. L’histoire commence tel un drame antique par une scène de vengeance : un fils venge la mort de son père. Au chapitre suivant un flash-back met en scène la mort de ce même fils, vingt ans plus tôt, sous les yeux du même père : quelle est donc cette énigme ?
L’ombre de la mort plane glaciale. La vie caracole à ses côtés, cruelle, disgracieuse mais pleine de charme.
La porte, elle, descend bien aux Enfers. La description terrifiante de ce lieu désolé et hostile constitue un des moments forts du livre. Laurent Gaudé raconte les passages invisibles entre le monde des vivants et celui des morts. Il pointe la nécessité de savoir les voir et plus encore les sentir ; il évoque cette porosité de l’homme qui, l’âge avançant, se surprend à être davantage mort que vivant. Et cette idée, qui veut que chaque être proche et disparu dépose en nous quelque chose, qui vit et nous façonne au présent. Tout au long du roman, la mort fascine, persécute, interroge. Naples est le cadre étrange où se croise une poignée d’individus atypiques, irrémédiablement seuls face au grand Mystère.

C’est un drôle de cadeau que Laurent Gaudé fait à ses morts, puisqu’il a écrit ce roman pour eux, pour les distraire, dit-il en dédicace de fin.
Ce livre laisse une impression trouble, forte qui oscille entre désarroi, enthousiasme et frayeur.
En le refermant, on a cette irrépressible envie de descendre au café du coin, de s’installer au comptoir et de commander d’une voix légèrement trop forte : « un expresso bien serré, s’il vous plaît ! ».


Éditions Actes Sud, Arles, 267 pages.

lundi 8 septembre 2008

Zone, de Mathias Enard, suite et fin.

Conseil de lecture: Zone, de Matias Enard Ce billet est la suite de celui-ci --> Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Ça y est, j'ai fini Zone. Etonnant la façon dont ce livre m'a demandé du temps.
Et c'est confirmé, il s'agit d'un livre exigeant, mais pas exclusif, maniéré ou snob. Il est délicat dans la forme et sur le fond.
Nous errons à la suite de ce personnage imaginaire; sur sa trace furtive dans le monde réel, son trajet dans la Zone et la vie, au fil de ses souvenirs. Et c'est fascinant.
Une sorte de heureux hasard a fait qu'au moment où je le lisais, j'ai vu et revu l'exposition "Alors que je mourrais" du photographe Paolo Pellegrin. Cette exposition résonne avec Zone, c'est un écho photographique du roman, comme des illustrations et des visions du monde dans lequel se meut le héros. Si vous en avez l'occasion, un conseil, allez la voir.
Pour continuer dans la comparaison, ce livre se joue d'une certaine façon dans la même cour que le film Valse avec Bachir et il ne s'agit pas vraiment d'une cour de récréation.

En peu de mots, un livre passionnant, puissant, et qui demande des efforts.
Ce qui n'est pas désagréable, par les temps qui courent.

mardi 26 août 2008

La Théorie des nuages, de Stéphane Audeguy (2005)

Conseil de lecture: La théorie des nuages, de Stéphane AudeguyJe ne savais pas que je pourrais trouver un intérêt à l’avènement de la science météorologique. Je ne savais pas que Virginie Latour, qui ressemble à tout sauf à un personnage de roman, avait une telle consistance, et me lâcherait à l’aube d’un avenir exultant. Je ne savais pas la solitude surchargée du grand couturier japonais né à Hiroshima. Je ne savais pas toutes les poussières vivantes et mortes qui flânent dans l’atmosphère et racontent l’unicité. Je n’avais pas vu les nuages.
Je n’avais pas lu La Théorie des nuages.
On en a beaucoup parlé, de façon unanimement élogieuse. On a bien fait.
Ce livre est étonnant. L’érudition y fraye avec l’imagination, pour que les histoires croisent l’Histoire et la bâtissent, sans jamais s’y perdre, minutieusement. Tout y est sobrement décrit ; pas d’effet de style, pas d’accumulation de détails, aucun atermoiement sur aucun état d’âme. Une construction implacable, en revanche, doublée d’un merveilleux talent de conteur, et sans aucun doute d’une conviction têtue à dire ce qui est dit là. La dictature des sciences, lentement détournées à des fins destructrices, la simplicité infinie des corps qui désirent, la puissance des éléments qui continuent à prolonger le monde, l’héréditaire capacité à ne sauver qu’un nom, l’idiotie boursouflée de quelques apparences sociales, la densité vertigineuse d’une lettre écrite en confiance.
Il ne faut rien dévoiler, je ne dévoilerai rien ; mais lisez-le, offrez-le, vous verrez !

Stéphane Audeguy est professeur d’histoire du cinéma et des arts, il vit à Paris, La Théorie des nuages était son premier roman. Il a depuis publié Fils unique, toujours chez Gallimard, en 2006.

mercredi 20 août 2008

Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Conseil de lecture: Zone, de Mathias EnardMathias Enard vit à Barcelone et enseigne l'arabe à l'université de la ville.
Il a étudié le persan et l'arabe et a un doctorat du Cnrs, section monde iranien.
Il a séjourné régulièrement au moyen-orient, en particulier à Beyrouth. Il a déjà publié trois ouvrages. ( La Perfection du tir et Remonter l'Orénoque chez Actes Sud et Bréviaire des artificiers chez Verticales ) Zone est édité par Actes Sud

Face à l'une des caractéristiques de ce livre, ma première réaction a été de penser au procédé.
Pensez, un livre sans points, on a connu d'autres formes de disparitions.

Mais celle-ci fonctionne, et se justifie. Le personnage voyage à bord d'un train et songe. Et l'on suit le fil de son introspection.
Prenant, très bien écrit, il déroule son histoire, ses histoires, et ne se réduit pas à sa forme.
Pratiquement, un livre sans point est délicat à lire, les repères habituels manquent, et il est difficile d'interrompre sa lecture pour la reprendre plus tard. Savoir où le laisser, pousser jusqu'à la fin d'un chapitre ou non, laisser la phrase en suspension un peu au hasard ou non, dans ce roman tendu, ce n'est pas simple.
Le livre le demande pourtant.
Dense et complexe, il fait partie de ces romans que l'on ne peut lire d'une seule traite, mais qu'il faut prendre le temps d'apprécier et de digérer. Savoir le poser, pour le reprendre plus tard.

Parler de ce qu'il raconte, beaucoup l'ont déjà fait, et comme souvent avec les bons livres, ce n'est pas essentiel.
Voila ce qu'en dit l'éditeur:
Par une nuit décisive un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l'Histoire, dans un immense travelling qui mêle bourreaux et victimes, héros et criminels des guerres de la Méditerranée : une Iliade de notre temps.

Pour l'instant, le plaisir est là, mais attention, nous ne sommes pas dans le domaine du demi-roman à l'eau de rose publié par un auteur bien épaulé par les gens du marketing.

La suite dès que je l'ai fini.

mardi 17 juin 2008

Sobibor de Jean Molla

Conseil de lecture: Sobibor de Jean Molla Jean Molla est né en 1958 au Maroc. Il fait des études de lettres puis, par hasard, des études de tourisme.
Après s'être livré aux abeilles en tant qu'apiculteur, après avoir enseigné la guitare classique et avoir été guide dans un musée, il est aujourd'hui professeur de lettres à Poitiers.
En 2000, il commence à écrire et il eut bien raison. Il écrit pour les enfants et pour les adolescents.
Plus de vingt ouvrages de Jean Molla vous attendent. C'est en 2003 qu'il publie Sobibor.

Emma se fait vomir. Jean Molla ne nous épargne aucun détail. Emma, les deux doigts enfoncés dans la gorge et ce qui suit. Pourquoi la jeune fille fait-elle subir à son corps ce calvaire ?
Emma se raconte et sa réflexion est sans apitoiement.
Mais pourquoi garde-t-elle sa souffrance pour elle ?
Ce roman s'appelle Sobibor. Sobibor est le nom de ce village de Pologne tragiquement célèbre pour les 250 000 Juifs exterminés par les nazis en 1942 et en 1943. Alors comment l'histoire d'Emma rejoint-elle cette insupportable période de l'histoire?
Ce roman est un acte de mémoire. Pas d'euphémismes mais des interrogations âpres sur la responsabilité. Sobibor est un roman qui prend aux tripes et ce n'est pas un jeu de mots.

Un livre bouleversant qui s'adresse aux adolescents mais aussi aux adultes qui auraient aimé qu'on leur parle sans détours à 15 ans.
à partir de 13 ans

Gallimard Jeunesse, collection Scripto

mercredi 7 mai 2008

Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (1958)

Conseil de lecture: Mémoires d’une jeune fille rangée  de Simone de BeauvoirOui enfin bon, c’est quoi cette idée d’écrire un commentaire sur Les Mémoires d’une jeune fille rangée, que la moitié des alphabètes sont censés avoir lu, relu, voire perdu tellement ils l’ont promené d’une étagère à l’autre depuis le lycée ?
Hé bien je le dis : je ne l’avais jamais lu.
Je dis mieux : je n’avais jamais lu AUCUN livre de Simone de Beauvoir. Toc.
Mais après avoir découvert celui-là, et dans la foulée la moitié des autres, je ne peux pas m’empêcher de dire aux deux ou trois qui ne l’auraient pas lu non plus qu’il faut immédiatement qu’ils se ruent dessus.
Ni plus ni moins.

On pourrait se dire, c’est une autobiographie.
Bon. Ce n’est pas faux du reste, puisque S. de Beauvoir raconte ici les 22 années qui s’empilent entre sa naissance en 1908 et son agrégation de philosophie à la Sorbonne.
On parcourt une époque, on pénètre un milieu incertain, qui s’écartèle entre aristocratie et bourgeoisie, on arpente Paris, on s’échappe ou l’on étouffe dans la maison de campagne familiale, on entrevoit la rencontre avec Sartre.
Plus que tout, on est crocheté par l’honnêteté sans faille avec laquelle l’auteur décrit cet environnement, sa manière de grandir, d’évoluer, d’apprendre, d’être à côté des autres. Sans omission, sans concession, sans édulcorant. L’auteur livre les faits, des décennies plus tard, et en explique l’enchaînement, en dévoile les traces, en extrait leurs enseignements.
La biographie, toute passionnante qu’elle soit, n’est que prétexte. Elle permet d’aller forer le concret pour en arracher des considérations philosophiques à fort pouvoir luminescent.
Ca paraît simple, comme ça.
C’est virtuose. Dément. Ouh la la. Monumental.

vendredi 18 avril 2008

Suite française, de Irène Némirovsky (2004)

Suite française, de Irène Némirovsky (2004)Fille d’une famille russe qui a fuit la révolution, Irène Némirovsky est arrivée en France en 1919.
Son premier texte, écrit en français, est publié en 1921. Elle rencontre réellement le public en 1929 avec la publication de son deuxième roman, David Golder.
Elle publiera plus d’une douzaine de romans avant d'être déportée. Elle meurt en 1942, à Auschwitz.

Suite française est le roman de l’exode français de 1940 puis de l’occupation du pays par l’armée allemande.
Acide, c’est le portrait sans compromis de la France de l’époque. Rares sont ceux que sa plume grandit.
Ecrivain suffisant, curé droit dans ses bottes, parents ballottés par les ordres et les contre-ordres de leur employeur, banquiers, enfants à la lisière de l'âge adulte, c’est une galerie de personnages dans l’histoire en cours.
Son écriture est lumineuse et précise et on sent dans ses lignes l’urgence portée par quelqu’un qui sait les dangers qui l’entourent, qui devine ceux qui approchent.

Son projet d’une suite de cinq romans qui devaient décrire la France pendant la guerre reste inachevé.
Suite française rassemble les deux premiers, Tempête en juin et Dolce. Les trois suivants, déjà titrés, devaient s'appeler Captivité, Bataille et La paix. Captivité devait parler de résistance, Bataille et La paix étaient suivis dans ses notes d'un point d'interrogation. En 1942, sa finesse lui permet de sentir l'enchaînement de la guerre.
Et lui fait écrire, dans une lettre à son éditeur "Cher Ami... pensez à moi. J'ai beaucoup écrit. Je suppose que ce seront des œuvres posthumes, mais ça fait passer le temps."
Une auteure puissante, croyez le.

jeudi 17 avril 2008

Songes de Mevlido d'Antoine Volodine (2007)

 Songes de Mevlido d'Antoine Volodine (2007)Ce que redoute Mevlido, c'est le moment où il doit faire son autocritique devant les membres du Parti ou bien parler de lui lors de son analyse. On voit bien qu'il n'a pas eu à rendre compte du roman de son créateur, Songes de Mevlido, parce que ça, c'est redoutable.
Pourtant la trame narrative est praticable. Elle offre même le palpitant du roman d'espionnage politique. Mevlido est membre de l'Organe, lequel lui impose une mission. Mevlido renaît dans la peau d'un flic. On comprend qu'il sue, on comprend qu'il se vide. C'est un temps à venir, après guerre et destruction de l'humanité, c'est le cerveau d'un homme qui a perdu la femme aimée, Verena Becker, massacrée par des enfants-soldats. Commence alors le parcours chaotique du bonhomme à la recherche de l'enfant-soldat ; il se fait dans le songe, entre réalité et rêve. Les lieux et les pensées se superposent, labyrinthe boueux et nauséabond, au sol jonché de junkies et de cadavres, survolé d'oiseaux inquiétants.
Les personnages sont attachants mais échappent à Mevlido qui veut les étreindre mais comme dans les rêves, on n' y arrive pas. Le plaisir de la lecture de ce livre découle du jeu subtil qui consiste à reccoler les morceaux de souvenirs .
On aime guetter le narrateur à la première personne quand enfin Mevlido semble trouver la lumière pour sortir de ce bourbier. On assiste à la construction d'un "je", qui, bien que commandité, télécommandé et cerné par le carcan du pouvoir, est désireux de trouver quelque chose.

Il est fortiche ce Volodine parce qu'il ne raconte pas un rêve mais il parvient à faire le plus difficile : suggérer cette atmosphère qui vous colle à l'esprit quand le rêve est pourtant fini et qu'il vous laisse des éclats de sens.

lundi 10 mars 2008

Je vois des pieds (2004), de Fabrice Million.

Je vois des pieds (2004), de Fabrice Million.Ces 62 courtes pages portent la voix d’un homme à qui, depuis longtemps, l’on ne demande plus rien.
« J’ai oublié le son de ma voix. Quand pendant plusieurs jours elle ne sort pas de moi, j’oublie son timbre. Silencieuse, dans ma gorge, elle gît, inerte ».

Il dort à l’extérieur des murs, là, juste en bas de l’immeuble.
Il sait le contact du goudron sur sa joue, porte dans son âme les stigmates du bitume et, pour une fois, les dit.
Dans un langage ciselé, magnifique, il affiche son invisibilité, et les déformations de son corps combattant. Cerné par nos talons, il dessine, patiemment, nos absurdes angoisses et nos propres fêlures. Sans plainte et sans vulgarité, avec une intimidante lucidité, il expose nos vies en écrivant la sienne.
«Je ne suis alors qu’un reflet, celui de votre déchéance, une trace d’hémoglobine sur un doigt entaillé que l’on supprime d’un coup de langue».
Ses mots d’orfèvre le décalent, loin de la crasse et des cartons, pour donner à son monologue tout le poids de sa dignité.

C’est un livre aigu, remarquable, qui remet l’homme debout.
Un de ces livres indispensables qui s’acharnent à démolir nos résignations.
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