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mardi 7 avril 2009

Les rédacteurs/libraires

Ça faisait longtemps, non ?

Bien occupés par tout ce qu'implique la création d'une librairie, même virtuelle, nous avons délaissé le blog, depuis trop longtemps.

Alors nous revoilà, pour vous présenter, petit à petit, l'équipe des rédacteurs qui feront vivre la librairie.

Celle-ci ouvrira aux alentours du 15 mai, à cette adresse : http://www.deslivres.com.

lundi 12 janvier 2009

Histoire de Tönle de Mario Rigoni Stern

Il y a beaucoup de choses à dire de Mario Rigoni Stern, mais pour faire court, c'était un pacifiste, qui a été partie prenante à la seconde guerre mondiale, dans les chasseurs alpins italiens. Il est né à Asiago en Vénétie en 1921, et y est mort en 2008.
Primo Levi a dit «Le fait que Rigoni Stern existe est en soi miraculeux. Miraculeuse d'abord sa propre survie: celle d'un homme qui s'est toujours positionné aux antipodes de la violence et que le destin a contraint à participer à toutes les guerres de son temps. Miracle, enfin le fait que Rigoni est parvenu à conserver son authenticité dans notre époque de fous.»

Ça situe le personnage, et moi, ça me donne envie d'aller me promener en sa compagnie. Ce que j'ai fait en lisant Histoire de Tönle.

Il doit il y avoir un truc, avec les auteurs Italiens. Aussi bien Erri De Lucca que Mario Rigoni Stern écrivent des romans courts, simples et denses. Parfois plus abscons, quand on tente certains De Lucca, mais c’est une autre histoire.

Du coup, on prend son temps, on savoure, on digère. Parfois, il arrive que l’on déguste aussi. Ce doit être la langue, oui, c’est sûr, certain, c’est l’italien qui porte à ça !

C’est un petit bouquin, fort joli d’ailleurs, qui nous raconte la vie de Tönle.
On le découvre jeune contrebandier du plateau d'Asiago, habitant de la montagne et des frontières.
Il vit avec sa famille dans une masure à l’écart du village, ornée d’un cerisier enraciné sur le toit.
Condamné à la prison pour un coup de canne porté à un douanier, il part gagner sa vie, de pays en pays, à travers l'Europe. Il ne rentre chez lui que de temps à autres, pour ramener de l’argent à femme et famille.
Les rares moments qu’il passe sous son toit sont clandestins, il laisse son lit à l’aube pour ne pas être pris, et participe à la vie de la communauté en observateur lointain, caché dans les bois surplombants.

La vie passe, les enfants grandissent, la guerre arrive ...
(14-18, ni la plus jolie, ni la plus intelligente, à ce que j’ai pu lire)

La simplicité élégante du récit de la vie de cet homme et de son siècle en font un vrai moment de plaisir classique.
Et de réflexion.

Titre : Histoire de Tönle
Type : Roman contemporain
Traduit par Claude Ambroise et Sabina Zanon Dal Bo
Préface de Claude Ambroise
Édition brochée épuisée (parue dans la collection « Terre d’Altri »)
Auteur : Rigoni Stern Mario
Editeur  : VERDIER  EDITIONS
ISBN : 978-2-86432-550-5
Date de parution : 01/03/1990
Dispo. : disponible
Poids : 90 g
Nb de pages : 128

jeudi 8 janvier 2009

Un goût de rouille et d’os, de Craig Davidson

Craig Davidson est canadien, né en 1977 à Montréal, année de la révélation du punk et des Sex-Pistols.
Il a publié ce recueil de nouvelles et un roman: Juste être un homme.

Génial.
Un livre que j’ai eu envie de jeter loin de moi dès la dixième page. Et que j’ai finalement gardé en main.
Il faut dire qu’il commence fort, l’animal. Dès la première nouvelle, Craig Davidson vous attrape et vous travaille au corps. Débris d’os, sang, bouillie de chairs, corps qui glisse sous la glace, culpabilité ...
La panoplie complète.

Dire que c’est un écrivain physique est vrai, mais c’est loin d'être suffisant. Il va loin, et il nous emmène avec lui. Ses huit nouvelles, format propice au concentré, vous feront traverser des mondes très variés, dans lesquels tournent et s’emmêlent amour, névroses, violence, sexe et magie.
Chacune est le récit d’un combat. Et la victoire n’est généralement pas son dénouement.
Ne partez pas, il y a aussi des choses drôles et amusantes, comme la façon dont on peut retrouver certains personnages d’un récit à l’autre, plus  vieux, plus seuls, affichant leur déprimant passé sur leur tee-shirt.
Ah pardon, c’est vrai, j’avais écrit "drôle et amusant"...

Un livre sous très haute tension, par un écrivain à suivre de près !

Titre : Un gout de rouille et d'os
Type : Roman contemporain
traduit de l'anglais (Canada) par Anne Wicke
Auteur : Craig Davidson
Editeur  : ALBIN MICHEL
ISBN : 978-2226173461
Date de parution : 30/08/2006
Dispo. : disponible
Poids : 423 g
Nb de pages : 291

mercredi 7 janvier 2009

Crack, de Tristan Jordis (Août 2008)

Pour une fois (la deuxième), un conseil sur commande. A la demande de Babelio dans le cadre de l’opération masse critique.
J’ai reçu Crack, de Tristan Jordis. Découverte, nécessairement, parce que c’est un premier livre. Et un univers qui ne m’est pas si étranger - pas pour des raisons de consommation personnelle, rassurez vous - : le Crack.

Alors, Tristan Jordis.
Il a fait des études de sociologie, s'est passionné pour l’urbanisme et l’architecture, puis est devenu journaliste “terrain” pour la radio, avant de tenter de réaliser un documentaire, pour finalement écrire un livre. En gros, je n’en sais pas beaucoup sur lui :-)


Le livre.
C’est le récit de la rencontre entre Tristan et les fumeurs de crack de la Porte de la chapelle et ses environs, à Paris, en 2006. Ce n’est pas un roman, mais bien le récit d'instants vécus.

Parti pour réaliser un documentaire, armé de sa caméra, de sa naïveté et de son angélisme idéologique, il va à la rencontre de ces personnages loin de tout.
Il découvrira des êtres humains, là ou beaucoup ne voient plus que des déchets.
Il trouvera ce qu’il est venu chercher, et sans doute un peu plus.
Assez énervant par sa rébellion bien-pensante et naïve, il finit par plaire, avec son courage et sa ténacité. Parce qu'aller traîner au coeur de la nuit en compagnie des pires toxicomanes de la ville, sur leur territoire, il faut vraiment en avoir envie.
Dans ce monde en majorité noir, il est le petit blanc qui veut faire son film, celui que l’on prend à priori pour un flic, que l’on va d’abord essayer de mettre à l’amende.
Il finira par partager le poulet braisé au squat de la SERNAM, espace ou les “usagers” trouvent un semblant d’organisation.
Il ne sortira pas sa caméra.

Je ne sais pas si l’on est en présence d’un écrivain. Le récit est assez particulier dans sa forme. Beaucoup de dialogues et de faits simplement décrits. Mais il m’a captivé. Très humain, Tristan Jordis prend le temps d’établir de vraies relations, et regarde sans juger. Il nous fait approcher ce monde si lointain et étrange, et fait vivre le peuple des polytoxicomanes, tendance lourde.
Plus gênante, peut-être, sa propre mise en scène à l’intérieur du livre. Nécessaire sans doute, ne serait-ce que pour saisir l’intensité de la trouille qu’il a pu éprouver parfois.

Son projet de film s’est transformé en livre, et pour l’avoir sous les yeux, il vous suffit de l’acheter :-)




Titre : Crack
Type : Roman contemporain
Auteur : Tristan Jordis
Editeur  : éditions du Seuil
ISBN : 9782020972550
Date de parution : 21/08/2008
Dispo. : disponible
Poids : 360 g
Nb de pages : 352


mardi 6 janvier 2009

Alcool, de Poppy Z. Brite

J’ai régulièrement entendu parler de cette auteure, en bien. Jusqu’à maintenant, je n’avais rien trouvé d’elle à me mettre sous les yeux. Pas vendeuse en France, pas facile à trouver, et puis au fait, où chercher, à Z ou à B ?
Bon, OK, OK, à B.

Née en 1967 à la Nouvelle Orléans (la bougresse est plus jeune que moi) elle publie régulièrement des romans, mais a aussi écrit une biographie de Courtney Love, des nouvelles, des essais et chroniques.
Que dire, sinon qu’elle a une réputation assez sulfureuse, due peut être à la  couleur des pages de son site internet, ou bien au fait qu’elle vive avec un homme et une vingtaine de chats. Sinon, c'est peut être parce qu'elle a une nette préférence pour les personnages principaux gays. Ou parce qu'elle a commencé par la littérature classée “horreur” inspirée en partie par le mouvement gothique et le splatterpunk.
Elle tient un blog à cette adresse brite.livejournal.com, et a décidé de ne plus trop apparaître en public depuis 2006, à cause de problèmes de dos assez sévères.

Enfin bon, je suis parti pour vous parler de son livre, pas d’elle.

Il commence par cette dédicace : “A John Kennedy Toole, qui a trouvé du premier coup”.
Un roman dédicacé à l’auteur de La Conjuration des imbéciles, ça augure bien de la suite.
Après, on lit.
Et on découvre un couple de cuisiniers, amis d’enfance devenus amants, qui se débrouillent en bossant dans des équipes plus ou moins bancales, dans des restaurants plus ou moins élégants de la Nouvelle Orléans.
Rickey, cuisinier imaginatif et doué, qui quand il est soucieux prépare des tonnes d’allumettes au fromage, et G-Man, plus en retrait et posé, qui stabilise le couple.
Pour dire la vérité, on les découvre saouls comme des barriques, dans un parc, et sans boulot.
Mais ce n’est pas le problème.
Les deux gaillards suivront une bonne idée, la chance sera peut-être dans les parages. Tout ça est le prétexte à la description d’une galerie de personnages peuplant une ville la nuit, écrit avec une maîtrise plaisamment passionnante.
C’est aussi une plongée dans le fonctionnement d’une brigade de cuisine, et des recettes détaillées avec amour. Et c'est drôle.
Ce livre devrait prendre part à une série consacrée à l'alcool et la nourriture, avec au moins trois autres volumes et un recueil de nouvelles à venir.

C’est un très bon roman, du genre de ceux qui se lisent vite, bien et avec jubilation.
Bravo, et merci Poppy.




Editeur  : Au Diable Vauvert (4 septembre 2008)

http://www.audiable.com/

mardi 25 novembre 2008

Imaqa de Flemming Jensen

Couverture du roman Imaqa de Flemming JensenFlemming Jensen est né en 1948 au Danemark. Acteur et auteur de one-man-show, il écrit des sketches pour la radio et la télé, et des livres.
Ses deux romans les plus connus sont Lettres à Mogens (c'est son chien) et Imaqa.

Imaqa fait partie de ces livres qui font du bien, de par leur simplicité. Facile d'abords, plaisant à lire, il ne demande pas d'efforts. C'est le prototype même du livre à offrir, avec la quasi-certitude de ne pas se tromper.
D'ailleurs, on me l'a offert :-)

Imaqa, en groenlandais, signifie "peut être". Et ce peut être est la première pierre de la philosophie de vie groenlandaise. Dans cette région, la nordique du pays, on relativise à tour de bras. Une nuit qui dure plusieurs mois, un jour qui fait de même, l'isolement des communautés, l'environnement et le paysage (le Grand Psychologue) sont pour beaucoup dans cet état d'esprit.

Dans le village au nord du nord où arrive Martin, instituteur danois, la quarantaine, la vie est rythmée par les fêtes, les visites sont impromptues et l'intimité une idée totalement surréaliste.
Accueillants et joyeux fêtards, les habitants de Nunaqarfik apprendront doucement leur mode de vie à l'instituteur continental. Tout en gardant toujours et avant tout une envie de rire à toute épreuve.

Ceux qui ont déjà lu les racontars arctiques de Jørn Riel ne seront pas dépaysés, les autre auront le plaisir de découvrir ce style du pôle, où le sourire constant n'évite pas les profondes et humaines questions.

Fraîchement recommandé !

Imaqa est édité par Gaïa éditions, l'éditeur aux pages roses saumon.

lundi 8 septembre 2008

Zone, de Mathias Enard, suite et fin.

Conseil de lecture: Zone, de Matias Enard Ce billet est la suite de celui-ci --> Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Ça y est, j'ai fini Zone. Etonnant la façon dont ce livre m'a demandé du temps.
Et c'est confirmé, il s'agit d'un livre exigeant, mais pas exclusif, maniéré ou snob. Il est délicat dans la forme et sur le fond.
Nous errons à la suite de ce personnage imaginaire; sur sa trace furtive dans le monde réel, son trajet dans la Zone et la vie, au fil de ses souvenirs. Et c'est fascinant.
Une sorte de heureux hasard a fait qu'au moment où je le lisais, j'ai vu et revu l'exposition "Alors que je mourrais" du photographe Paolo Pellegrin. Cette exposition résonne avec Zone, c'est un écho photographique du roman, comme des illustrations et des visions du monde dans lequel se meut le héros. Si vous en avez l'occasion, un conseil, allez la voir.
Pour continuer dans la comparaison, ce livre se joue d'une certaine façon dans la même cour que le film Valse avec Bachir et il ne s'agit pas vraiment d'une cour de récréation.

En peu de mots, un livre passionnant, puissant, et qui demande des efforts.
Ce qui n'est pas désagréable, par les temps qui courent.

mercredi 20 août 2008

Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Conseil de lecture: Zone, de Mathias EnardMathias Enard vit à Barcelone et enseigne l'arabe à l'université de la ville.
Il a étudié le persan et l'arabe et a un doctorat du Cnrs, section monde iranien.
Il a séjourné régulièrement au moyen-orient, en particulier à Beyrouth. Il a déjà publié trois ouvrages. ( La Perfection du tir et Remonter l'Orénoque chez Actes Sud et Bréviaire des artificiers chez Verticales ) Zone est édité par Actes Sud

Face à l'une des caractéristiques de ce livre, ma première réaction a été de penser au procédé.
Pensez, un livre sans points, on a connu d'autres formes de disparitions.

Mais celle-ci fonctionne, et se justifie. Le personnage voyage à bord d'un train et songe. Et l'on suit le fil de son introspection.
Prenant, très bien écrit, il déroule son histoire, ses histoires, et ne se réduit pas à sa forme.
Pratiquement, un livre sans point est délicat à lire, les repères habituels manquent, et il est difficile d'interrompre sa lecture pour la reprendre plus tard. Savoir où le laisser, pousser jusqu'à la fin d'un chapitre ou non, laisser la phrase en suspension un peu au hasard ou non, dans ce roman tendu, ce n'est pas simple.
Le livre le demande pourtant.
Dense et complexe, il fait partie de ces romans que l'on ne peut lire d'une seule traite, mais qu'il faut prendre le temps d'apprécier et de digérer. Savoir le poser, pour le reprendre plus tard.

Parler de ce qu'il raconte, beaucoup l'ont déjà fait, et comme souvent avec les bons livres, ce n'est pas essentiel.
Voila ce qu'en dit l'éditeur:
Par une nuit décisive un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l'Histoire, dans un immense travelling qui mêle bourreaux et victimes, héros et criminels des guerres de la Méditerranée : une Iliade de notre temps.

Pour l'instant, le plaisir est là, mais attention, nous ne sommes pas dans le domaine du demi-roman à l'eau de rose publié par un auteur bien épaulé par les gens du marketing.

La suite dès que je l'ai fini.

vendredi 8 août 2008

Sozaboy (Pétit Minitaire) de Ken Saro-Wiwa (1998)

Conseil de lecture: Sozaboy (Pétit Minitaire) de Ken Saro-Wiwa (1998) Ken Saro-Wiwa etait un écrivain nigérian, fondateur du Mouvement pour la libération du peuple Ogoni (MOSOP). Il présidait également l'association des écrivains nigérians et avait fondé sa propre maison d'édition.
Accusé de meurtre par la dictature militaire qui dirige le Nigéria, il a été condamné à mort et pendu le 10 novembre 1995, après un procès très expéditif.

Pétit Minitaire est écrit en "anglais pourri", joyeux mélange entre le pidgin et les langues de la rue et des campagnes nigérianes. Cela lui donne bien sûr beaucoup de personnalité et un ton et un style uniques.
Si l'on arrive à entrer dans ce rythme et ce ton étrange, on part à la découverte d'un langage extrêmement inventif et d'un roman extraordinaire .
Récit de l'engagement dans l'armée de Méné, auparavant jeune apprenti chauffeur dans la petite ville paisible de Doukana.
Embarqué dans une aventure et un conflit qui le dépassent, naïf comme peut l'être un enfant, il va découvrir l'absurde horreur de la guerre civile et ses tragiques conséquences.

Un roman très particulier, chaudement recommandé.


Éditeur: Actes Sud, collection Babel

jeudi 26 juin 2008

Les saisons de la nuit, de Colum McCann

Conseil de lecture: Les saisons de la nuit, de Colum McCannNé à Dublin en 1965, il quitte son pays pour les Etats-Unis en 1980.
Il fait le tour du pays à vélo, durant deux ans, ce qui donnera Sisters, son premier roman. Il a écrit plusieurs autres ouvrages, dont La rivière de l’exil, Danseur et Le chant du coyote.
Il vit désormais à New-York.

Les saisons de la nuit est le récit d’un passage de l’ombre à la lumière. Deux histoires croisées, se déroulant à deux époques différentes, qui finiront par se rejoindre.

D’une part, des mineurs du début du siècle dernier, qui, pelle à la main, dans la chaleur de l’air comprimé, creusent un tunnel destiné au passage du métro sous la rivière Hudson.
Parmi eux, il y a Nathan Walker, creuseur de tête, qui avec trois compagnons travaille devant le bouclier qui protège les autres ouvriers du chantier. Nathan qui dansera sur les flots.
Nathan, le noir qui épousera la fille blanche d’un de ses camarade, à une époque ou l’esclavage est à peine aboli aux Etats-Unis.

D’autre part, Treefog, le constructeur de gratte-ciel, en équilibre sur les poutres métalliques qu’il assemble au sommet.
Treefog que l’on découvre perché sur une plate-forme, niché dans un tunnel ferroviaire. Gueux parmi les gueux, il vit au coeur du sous monde des sans domicile new-yorkais.
Pourquoi et comment est-il arrivé ici, nous le découvrirons au fil du livre.

Un roman magnifique, le récit passionnant de ces deux vies, dans l’histoire des Etats-Unis et de New-York.
Lecture hautement recommandée.


Éditeur: Belfond

jeudi 19 juin 2008

Drama City, de George P. Pelecanos (2005)

Conseil de lecture: Drama City de George P. PelecanosGeorges P. Pelecanos est né en 1957 à Washington et vit a Silver Spring, dans la banlieue de la ville. Après des études de cinéma, il exerce plusieurs métiers avant de franchir le pas et ne vit plus aujourd'hui que de sa plume. Il a publié plus d'une douzaine de romans, et collabore régulièrement avec plusieurs journaux de sa ville.

Washington toujours. Le personnage récurrent de Pelecanos, c'est cette ville. Dans celui-la, pas de privé, personnage habituel de ses livres. Il fera juste une apparition au début du roman quand Lorenzo Brown le croisera en promenant son chien. Lorenzo Brown, que nous suivons tout au long de Drama City. Ancien taulard en liberté conditionnelle, il travaille pour la "humane society", qui s'occupe de contrôler les conditions de vie des animaux à Washington.

J'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre, avec parfois l'impression que le traducteur avait lui aussi du mal. Puis le rythme prend, et il m'a emporté, comme d'habitude avec cet auteur.
Il flirte souvent avec les limites, mais réussi à les tangenter. Ce livre pourrait être un conte moral un peu naïf et complaisant, mais il ne l'est pas. Il pourrait être vulgaire, mais ne l'est pas non plus. Culturellement très américain, il nous parle de voitures, d'armes, de gang, de musique et de combats de chiens.
Mais il est loin de se limiter à cela. Nous partageons les doutes qui habitent ses personnages, et nous suivons leurs histoires, qui se croisent et s'influencent.

Polar sans enquêteur ni quête, c'est le récit très réussi d'une certaine réalité américaine.

Éditeur: Seuil

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jeudi 22 mai 2008

A la vitesse de la lumière, de Javier Cercas (2006)

Conseil de lecture : A la vitesse de la lumière, de Javier Cercas (2006)Javier Cercas, écrivain espagnol, est né en 1962 à Càceres. Il est professeur de littérature à l’université de Gérone.
Il a également publié Les soldats de Salamine (2002) et A petites foulées (2004).
Les soldats de Salamine est un livre qui nous entraîne à la recherche d’un héros angélique de la guerre d'Espagne, sur lequel je reviendrai sans doute. A petites foulées, j’ai la chance de ne pas l’avoir lu, et de pouvoir encore le découvrir.

A la vitesse de la lumière commence dans un bar espagnol, nous emmène sur un campus américain, pour finalement nous faire revenir en Espagne, après un crochet par le Vietnam.
C’est une histoire passionnante, racontée sur le faux rythme très personnel de Javier Cercas. Ecrit à la première personne, ce récit a l'apparence d'une autobiographie. Il fera rencontrer à son personnage un vétéran du Vietnam, hanté par l’obscurité qu’il a rencontrée en lui lors de cette guerre, et amoureux et fin connaisseur de la littérature et de ses auteurs.
Exploration de notre côté sombre, réflexion sur l’écriture et le métier d’écrivain, sur la solitude et les rencontres, sur le succès et ses effets, c’est une oeuvre très riche.
Les personnages de ce récit m’ont parfois rappelé ceux des premiers romans de Paul Auster. Ses héros sont temporairement inaptes à la vie dans la société, et se meuvent dans une sorte de monde parallèle sur lequel la réalité n’a pas d’autre emprise que celle du drame.

Un très beau et bon livre, d’une lecture aisée, conseillé en version originale pour les hispanophones.

vendredi 2 mai 2008

Une nuit avec Sabrina Love de Pedro Mairal (1998)

Conseil de lecture: Une nuit avec Sabrina Love de Pedro Mairal Pedro Mairal est un écrivain argentin né en 1970.
Après Une nuit avec Sabrina Love, il a publié un recueil de nouvelles, Tôt ce matin et un roman, L'intempérie.
Ce livre a été adapté au cinéma en 2001 par Alejandro Agresti.

Une nuit avec Sabrina Love est un court roman, très plaisant et facile à lire. Daniel, 17 ans, vit dans un petit village de la province argentine. Ses parents sont morts dans un accident de voiture, il habite avec sa sœur et sa grand-mère et travaille pour un élevage industriel de poulets.
Une vie souriante et assez pleinement satisfaisante pour un adolescent, comme vous pouvez vous en douter.
Après avoir piraté l'antenne satellite de ses voisins, il se procure une télévision et un décodeur chez le receleur du village, et accède à la multitude numérique et télévisuelle.
Bien sûr ce qui l'intéresse au premier chef, ce sont les chaînes pornographiques.
Lors d'un tirage au sort organisé par une de ces chaînes, il gagne une nuit avec la présentatrice vedette du porno, Sabrina Love.
Le livre nous emmènera en sa compagnie jusqu'à Buenos Aires et Sabrina.
Et ce sera pour Daniel un voyage initiatique, au cours duquel il apprendra beaucoup sur la vie en général et sur les nuances entre le sexe et l'amour en particulier.

Remarqué par Adolfo Bioy Casares lors de sa sortie, ce récit souvent drôle vous fera passer un très agréable moment de lecture .

mardi 29 avril 2008

L'ile des jacinthes coupées de Gonzalo Torrente Ballester (1980)

Conseil de lecture: L'ile des jacinthes coupées de Gonzalo Torrente Ballester (1980) Né en 1910 à Serantes, en Galice, Gonzalo Torrente Ballester est mort en 1999 à Salamanque.
Il nous laisse une œuvre conséquente, qui a reçu de nombreuses récompenses. dont le prix Cervantes en 1985.
Elle entremêle des faits historiques et l'imaginaire de l'écrivain, pour nous livrer des romans extravagants, souvent drôles et ironiques.

L'île des jacinthes coupées est un de ces livres auquel il m'a fallu revenir.
Après un premier essai qui n'avait pas fonctionné, je l'avais remisé dans un coin d'étagère.
Par hasard, un jour ou je n'avais plus rien à lire, je suis retombé dessus. Et là, je me suis régalé.
Napoléon n'a jamais existé, c'est le fruit de l'imagination de quelques grands hommes, un outil de lutte contre la République, et le narrateur l'explique à Ariadna.
Ariadna dont il est amoureux et qu'il cherche à séduire.

On se laisse emporter dans le monde de Gonzalo Torrente Ballester, et le voyage est merveilleux, il permet des découvertes "historiques" surprenantes et donne beaucoup de plaisir.
Voila un de ces écrivains qui ont le léger décalage, la vision qui leur permet un équilibre inaccessible à d'autres.
Un auteur qui donne par son talent l'illusion qu'il est facile d'écrire.

Hispanophones, n'hésitez pas, la version originale doit être superbe, même si la traduction de Claude Bleton est très bonne.

dimanche 27 avril 2008

Crack de Ray Shell (1993)

Conseil de lecture: Crack de Ray Shell (1993)Acteur et musicien, Ray Shell a publié ce roman à 38 ans.
C'est pour l'instant son seul livre édité.

Le titre est explicite, c'est le récit d'une addiction à la drogue de la rue, de la monstrueuse dépendance au crack.
Un de ces écrits qui peuvent vous aider à vous tenir éloigné des drogues de synthèse, si vous naviguez dans leurs dangereux parages.
Mais il ne se résume pas à cela.
Ecrit à la première personne, c'est le journal irrégulier de Cornelius, noir américain et junkie new-yorkais. Empli de culpabilité après la mort de son frère, vivant aux crochets de sa sœur et de sa mère, il chronique sa longue chute, dans un trou qui paraît sans fond.
Perturbant dans sa forme, aussi bien typographique que stylistique, violent dans ses propos, c'est un ouvrage choquant, sans issue.
Un de ces livres auxquels il est recommandé de ne pas trop s'identifier.

Un livre enrichissant, malgré son total désespoir.

mercredi 23 avril 2008

Chemins de poussière rouge de Ma Jian (2006)

Conseil de lecture: Chemins de poussière rouge de Ma Jian Ecrivain, poète, peintre et photographe, Ma Jian est né a Qingdao en 1953.
Il a longtemps travaillé en Chine, comme journaliste et photographe au service de la propagande des syndicats chinois.
Il a notamment publié La mendiante Shigalze, dénonciation de l'occupation chinoise au Tibet dans les années 50.
Peu aimé des autorités, il part pour Hong Kong en 1986, puis quitte définitivement le pays. Après un passage par l'Allemagne, il s'établit à Londres.

Divorcé, père d'une petite fille, trompé par son amante, Ma Jian est un photographe travaillant au service d'un organisme officiel.
Accusé d'être désinvolte et de ne pas être un jeune socialiste à l'esprit sain, il doit faire son auto-critique. Il passe plusieurs jours d'interrogatoire dans les locaux de la sécurité publique.
Quelques mois après, il prononce ses vœux laïques bouddhistes, quitte son travail, son logement et part.
Chemin de poussière rouge est le récit étrange de sa longue marche à travers la Chine, accompagné de celui de son cheminement intérieur.
Son interminable errance lui fera faire le tour du pays, lui donnera la liberté de nombreuses rencontres, et nous offrira Chemins de poussière rouge.

Un très beau livre, éclairage prenant sur la Chine de cette époque et l'évolution spirituelle de l'auteur.

lundi 21 avril 2008

Taj de Timeri N Murari (1985)

Conseil de lecture: Taj de Timeri N Murari (1985) Timeri N Murari a grandi à Madras, puis est parti étudier en Angleterre. Il a été journaliste à Londres, à Montréal puis à New-York, avant de rentrer définitivement en Inde en 1988.
Il a publié de nombreux ouvrages, quelques pièces de théâtre et écrit et réalisé deux films.

Taj nous relate deux histoires parallèles. Celle de l’amour entre Arjumand et Shah Jahan, fils de l’empereur moghol Jahandir. Et celle de la construction du Taj Mahal, tombeau d’Arjumand, construit par Shah Jahan, devenu empereur à la mort de son père.
Construction démesurée qui employa vingt mille personnes pendant vingt deux ans. Sans parler du nombre d'éléphants ni de la quantité de marbre et de pierres précieuses.
Ce livre, c’est un peu bienvenue à Bollywood. Il croule sous les descriptions des richesses inouïes des empereurs moghols, de leur puissance et de leur attachement à ses symboles. Et c’est le récit d’un amour impossible, qui réussit malgré tout à exister.
C'est la fresque d'une grande précision de la vie à la cour des empereurs, de la construction de merveilles architecturales, des fêtes, des harems mais aussi des guerres et des intrigues de palais. Derrière tout cela, on devine les failles, religieuses entre autres, qui mèneront plusieurs siècles plus tard à la séparation de l’Inde et du Pakistan.
Un roman historique très agréable à lire, et qui passionnera les curieux de cette époque et de ce pays.

vendredi 18 avril 2008

Suite française, de Irène Némirovsky (2004)

Suite française, de Irène Némirovsky (2004)Fille d’une famille russe qui a fuit la révolution, Irène Némirovsky est arrivée en France en 1919.
Son premier texte, écrit en français, est publié en 1921. Elle rencontre réellement le public en 1929 avec la publication de son deuxième roman, David Golder.
Elle publiera plus d’une douzaine de romans avant d'être déportée. Elle meurt en 1942, à Auschwitz.

Suite française est le roman de l’exode français de 1940 puis de l’occupation du pays par l’armée allemande.
Acide, c’est le portrait sans compromis de la France de l’époque. Rares sont ceux que sa plume grandit.
Ecrivain suffisant, curé droit dans ses bottes, parents ballottés par les ordres et les contre-ordres de leur employeur, banquiers, enfants à la lisière de l'âge adulte, c’est une galerie de personnages dans l’histoire en cours.
Son écriture est lumineuse et précise et on sent dans ses lignes l’urgence portée par quelqu’un qui sait les dangers qui l’entourent, qui devine ceux qui approchent.

Son projet d’une suite de cinq romans qui devaient décrire la France pendant la guerre reste inachevé.
Suite française rassemble les deux premiers, Tempête en juin et Dolce. Les trois suivants, déjà titrés, devaient s'appeler Captivité, Bataille et La paix. Captivité devait parler de résistance, Bataille et La paix étaient suivis dans ses notes d'un point d'interrogation. En 1942, sa finesse lui permet de sentir l'enchaînement de la guerre.
Et lui fait écrire, dans une lettre à son éditeur "Cher Ami... pensez à moi. J'ai beaucoup écrit. Je suppose que ce seront des œuvres posthumes, mais ça fait passer le temps."
Une auteure puissante, croyez le.

mercredi 16 avril 2008

La chair du maître, de Dany Laferrière (1997)

La chair du maître, de Dany Laferrière (1997)Dany Laferrière est né a Haïti en 1953.
Il quitte son pays à vingt trois ans, menacé par les Tontons Macoutes. Il s’installe à Montréal, qu’il quitte épisodiquement, mais où il revient toujours. Il est marié et a trois enfants.

La chair du maître est un de ces livres dans lesquels on se sent tout de suite bien, un peu comme dans un vieux jean. Dany Laferrière est un auteur joyeux, capable de nous raconter les faits les plus graves sans perdre la petite étincelle de rire et de malice de ceux qui prennent la vie pour une sérieuse plaisanterie.

Adolescent à Haïti, il ne peut croiser une jolie jeune fille sans être “profondément troublé par ce courant électrique qui lui traversait littéralement le corps”. Ces nouvelles ont toutes pour sujet la séduction, envisagée comme une chasse, dans laquelle chasseur et proie changent en permanence de rôle.Tout ça dans le Haïti de Baby Doc, avec des jeunes hommes ou femmes élevés par leur mères. Les pères sont morts, souvent assassinés par les tueurs du dictateur, ou en exil. Petit Goâve, Tabou Combo, la prison de Fort Dimanche, Pétionville, les mornes, il raconte le pays qu’il a quitté avec un langage précis, gai et ironique.

Si vous ne le connaissez pas, je vous engage à partir à sa découverte.

mardi 15 avril 2008

La soif de Andrei Guelassimov (2004)

La soif, de Andreï GuelassimovAndreï Guelassimov est un auteur russe né en 1965 à Irkoustk.
Il vit à Moscou où il enseigne la littérature anglo-américaine à l'Université.

La soif est un livre court et intense.
Un jeune russe, ancien soldat mobilisé en Tchétchénie.
Le visage brûlé lors de l’attaque de son char.
Il boit.
Il boit fort, comme les russes savent le faire.

Accompagné de Pacha et Guena, deux ex-passagers du char brûlé, il part à la recherche du quatrième membre de l’équipage, démobilisé lui aussi. Un road movie à la russe, entrecoupé de souvenirs de son professeur de dessin.
Qui lui a appris deux choses essentielles: boire de la vodka, et rester attentif au monde pour le voir et le peindre.
Il applique à merveille la première, et ré-apprendra peu à peu à pratiquer la deuxième.

Loin de l’image des romans russes à personnages multiples et aux noms impossibles à mémoriser, ce petit livre nous rappelle qu’il y a toujours de très bons auteurs là-bas.

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