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jeudi 14 mai 2009

Un pays à l'aube de Dennis Lehane (2009)

Dennis Lehane est un auteur américain né en 1965. Il a écrit des polars (la série des Kenzie- Gennaro) mais pas que (Shutter island). Attention : ce livre est publié chez Rivages/Thriller, mais n'a rien d'un thriller, ni d'un polar.
Il s'agit plutôt d'un roman historique.

- Mais m'sieur, c'est quoi un roman historique ?

- Bonne question mon p'tit Gaëtan. Risquons une définition : c'est un roman où l'histoire est présente à travers les faits et les personnages, donne le contexte dans lequel agissent les protagonistes, et explique parfois les raisons de leurs actes.

Le contexte ici, c'est quoi ? C'est Boston (Lehane ne parle que de Boston, ou presque) en 1918-1919 : la grippe espagnole, le retour des Boys d'Europe partis combattre là-bas, les immigrants de l'extérieur (Italiens, Irlandais....) ou de l'intérieur : les noirs qui remontent du Sud.
On croise aussi quelques personnalités marquantes: le président Wilson, le futur président Coolidge, le jeune J.E. Hoover, le joueur de base-ball Babe Ruth...
C'est dans ce contexte qu'agissent les personnages du roman : la famille Coughlin, Ed Mc Kenna (les Irlandais), le noir Luther et sa femme Lila, les anarchistes italiens, des bolcheviks lettons, des socialistes de tout poil, les premières associations de défense des noirs ( NAACP)...

Et que font-ils, ces personnages ?
Ils s'aiment, travaillent, militent, fuguent, se haïssent, et construisent l'Amérique dans un incroyable climat de violence sociale et raciale. L'histoire culmine avec la grève des policiers de Boston (imaginez ça ; une grève de policiers faméliques sous-payés, méprisés, qui doivent payer eux-mêmes leurs pansements quand ils sont blessés).
Ce gros livre défie un peu le résumé, mais quel pied !!
En plus d'être un grand roman (à mon modeste avis), il m'a donné l'impression de comprendre l'Amérique, voire les Américains... Pensez : un pays presque entièrement construit sur l'immigration, les immigrations.

Ai-je dit qu'il y avait aussi de belles histoires d'amour et de belles amitiés ? Non ?
Voilà alors, c'est fait.

Acheter Un pays à l'aube de Dennis Lehane sur deslivres.com, l'électro-librairie.

Titre : Un pays à l'aube
Type : Romans policiers / espionnage
Auteur : Lehane Dennis
Traduit de l' Anglais (Etats-Unis) par  Michel Deutsch
Editeur  : Rivages/Thriller
ISBN : 978-2743619367
Date de parution : 14/01/2009
Dispo. : disponible
Poids : 845 g
Nb de pages : 768
Prix éditeur: 23 €

vendredi 30 janvier 2009

Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke

Il y a des jours comme ça : on a fini de lire un livre, on n'en a pas d'avance, on n'a pas envie de relire, on s'en va rôder chez le libraire, on regarde les tranches, un peu morose, et paf : un titre !
Un titre qui donne envie. C'est ainsi que j'ai acheté Dans la brume électrique avec les morts confédérés.
Je l'ai acheté, je l'ai dévoré, j'ai lu tous les Lee Burke qui me tombaient sous la main.
Tous valaient le coup, mais aucun ne valait celui-là. Je l'ai relu.
Voilà l'affaire. Dave Robicheaux est inspecteur au service du sheriff de la paroisse (on dit comme ça en Louisiane, pas "comté") de New Iberia, au bord des bayous. Le Sud profond quoi, mais en Louisiane. Dave est un ancien alcoolique hanté par la guerre du Vietnam (il y était lieutenant), secoué parfois par des crises d'extrême violence, totalement dépourvu d'humour et encadré, soutenu, aimé par sa femme Bootsie et sa fille adoptive Alafair.
Il gère aussi un magasin de pêche et d'appâts sur le bayou, avec le vieux noir Batist (imaginez-vous ça en France ?).

Une équipe d'Hollywood débarque pour tourner un film sur la guerre de sécession, et bien sûr bouleverse la vie de la petite ville, d'autant plus  qu'ils ont l'excellente idée de se faire financer par la mafia de la Nouvelle-Orléans et son étoile montante, Julie Balboni, vieille connaissance de Dave.

Le reste de l'histoire ?
Ben tiens ! Lis !

Deux, trois trucs tout de même :
-La Louisianne, ses paysages, son histoire sont quasiment les personnages principaux. Lee Burke en parle, et c'est de la magie. Faites attention tout de même : n'attendez pas la description idyllique d'un paradis francophone états-unien. Oh non!
- Lee Burke a un talent particulier pour écrire sur les odeurs. Tiens : "(...) l'air était frais maintenant, et s'y mélait une pluie fine chargée des odeurs riches et lourdes d'humus humide, jasmins de nuit, roses et jeunes pousses de bambou". Et ça dès la première page... t'es pas volé !
-James Lee Burke ne se moque pas du monde et n'a rien d'un mystificateur : le titre a un sens parfaitement précis et repérable
- Il y a dans ce livre le plus beau des fantômes que j'ai rencontrés au cours de mes lectures.

C'est un beau livre, tout simplement un très, très beau livre.

P.S : le livre vient d'être adapté au cinéma, par Bertrand Tavernier, sous le titre Dans la brume électrique.

Titre : Dans la brume électrique avec les morts confédérés
Type : Romans policiers / espionnage
Auteur : Burke  James Lee
 trad. de l'américain par Freddy Michalski
Editeur  : Rivages poche
ISBN : 9782743618148
Date de parution : 19/01/1999
Dispo. : disponible
Poids : 255 g
Nb de pages : 480
Prix éditeur: 10, 40

vendredi 16 janvier 2009

Voleurs à la douzaine de Donald Westlake

Aujourd'hui, ami lecteur, trois questions décisives :

1. Qui a dit : "quand tu ne sais pas quoi faire, écris !" ?
-Euh... Victor Hugo ? Non mais ça aurait pu.
-Sarkozy ? Ça se saurait.
-Jérôme Kerviel ? Non plus...
Tu donnes ta langue au chat ?

En fait, c'est Donald Westlake, l'auteur immortel (façon de parler, il vient juste de mourir) de la série des Dortmunder (mais pas seulement).

2. A-t-on souvent l'occasion de se marrer quand on lit ?
Pas tant que ça, en fait...  Alors justement, quand tu lis les romans de Westlake mettant en scène John Dortmunder, le plus génial et le plus malchanceux de tous les cambrioleurs de toute la littérature, le plus sinistre aussi, justement, tu te marres.

3. Que faire quand on a un arrêt maladie consécutif à une sciatique (c'est juste un exemple) ? 

-Jardiner, chef ? C'est malin...
-Faire les soldes ? T'en as beaucoup comme ça, des idées ?
-J'ai trouvé, chef ! On peut lire un Westlake !
Ouais... Ou deux ou trois... Parce qu'en plus de Dortmunder et pour le même prix, tu as Andy Kelp (aussi jovial que J.D. est morose), qui ne vole que des voitures de médecin (tu sauras pourquoi si tu le lis), le monstrueux Tiny Bulcher, Stan Murch le chauffeur et sa maman la chauffeuse, sans oublier le délicieux fourgue Arnie Albright (toute sa famille s'est cotisée pour lui payer un séjour au Club Med au motif qu'il lui faut "améliorer sa personnalité" ; c'est dire...)

Voleurs à la douzaine est un recueil de nouvelles avec Dortmunder. On peut commencer comme ça. On peut aussi lire les romans (Les sentiers du désastre, Au pire qu'est-ce qu'on risque, Mauvaises nouvelles, Histoires d'os ... moi, j'ai un faible pour Dégâts des eaux).

Autre chose: Westlake est drôle, mais pas que... Il est par exemple l'auteur du Couperet, étonnant thriller social pas du tout rigolo.

Titre : Voleurs à la douzaine
Type : Nouvelles / Romans policiers / espionnage
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch
Auteur : Westlake Donald
Editeur  : Éd. Payot & Rivages
ISBN : 2-7436-1834-5
Date de parution : 04-06-2008
Dispo. : disponible
Poids : 350 g
Nb de pages : 224

mercredi 26 novembre 2008

Les marécages de Joe R. Lansdale

Soient:

- Un village (ou une petite ville) du Texas pendant la grande dépression (c'est juste un cadre; pas déterminant)
- Des relations abominables entre noirs et blancs: on est ici très au-delà de la "simple discrimination"
- Une famille déviante dans ce cadre infect: des blancs qui ne connaissent pas trop les noirs, mais jugent que ce sont des human beings: le père, la mère, la fille, le fils (c'est lui le narrateur, il doit avoir dans les douze ans), la grand-mère (elle vaut le détour)
- Des femmes noires puis blanches, atrocement assassinées.
- Un vieux noir lynché "à l'ancienne"pour les meurtres des femmes
- Un salon de coiffure
- .............. 


A l'arrivée, ça donne quoi ?
Un document sur le Ku Klux Klan des années trente ?
Non, pourtant,il est présent.
Un roman montrant la rédemption du mauvais blanc dont le héros ouvrirait les yeux?
Bah non !...
A l'arrivée, ça donne un thriller,un vrai avec en prime: une énigme, une vraie de vraie.

Morale et total: on se retrouve avec un bouquin qu'on cherche tout le temps partout parce qu'on l'a emmené et laissé dans tous les coins de la maison.


C'est énervant mais plutôt bon signe.

Editeur: Gallimard, collection Folio Policier

jeudi 19 juin 2008

Drama City, de George P. Pelecanos (2005)

Conseil de lecture: Drama City de George P. PelecanosGeorges P. Pelecanos est né en 1957 à Washington et vit a Silver Spring, dans la banlieue de la ville. Après des études de cinéma, il exerce plusieurs métiers avant de franchir le pas et ne vit plus aujourd'hui que de sa plume. Il a publié plus d'une douzaine de romans, et collabore régulièrement avec plusieurs journaux de sa ville.

Washington toujours. Le personnage récurrent de Pelecanos, c'est cette ville. Dans celui-la, pas de privé, personnage habituel de ses livres. Il fera juste une apparition au début du roman quand Lorenzo Brown le croisera en promenant son chien. Lorenzo Brown, que nous suivons tout au long de Drama City. Ancien taulard en liberté conditionnelle, il travaille pour la "humane society", qui s'occupe de contrôler les conditions de vie des animaux à Washington.

J'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre, avec parfois l'impression que le traducteur avait lui aussi du mal. Puis le rythme prend, et il m'a emporté, comme d'habitude avec cet auteur.
Il flirte souvent avec les limites, mais réussi à les tangenter. Ce livre pourrait être un conte moral un peu naïf et complaisant, mais il ne l'est pas. Il pourrait être vulgaire, mais ne l'est pas non plus. Culturellement très américain, il nous parle de voitures, d'armes, de gang, de musique et de combats de chiens.
Mais il est loin de se limiter à cela. Nous partageons les doutes qui habitent ses personnages, et nous suivons leurs histoires, qui se croisent et s'influencent.

Polar sans enquêteur ni quête, c'est le récit très réussi d'une certaine réalité américaine.

Éditeur: Seuil

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