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mercredi 7 janvier 2009

Crack, de Tristan Jordis (Août 2008)

Pour une fois (la deuxième), un conseil sur commande. A la demande de Babelio dans le cadre de l’opération masse critique.
J’ai reçu Crack, de Tristan Jordis. Découverte, nécessairement, parce que c’est un premier livre. Et un univers qui ne m’est pas si étranger - pas pour des raisons de consommation personnelle, rassurez vous - : le Crack.

Alors, Tristan Jordis.
Il a fait des études de sociologie, s'est passionné pour l’urbanisme et l’architecture, puis est devenu journaliste “terrain” pour la radio, avant de tenter de réaliser un documentaire, pour finalement écrire un livre. En gros, je n’en sais pas beaucoup sur lui :-)


Le livre.
C’est le récit de la rencontre entre Tristan et les fumeurs de crack de la Porte de la chapelle et ses environs, à Paris, en 2006. Ce n’est pas un roman, mais bien le récit d'instants vécus.

Parti pour réaliser un documentaire, armé de sa caméra, de sa naïveté et de son angélisme idéologique, il va à la rencontre de ces personnages loin de tout.
Il découvrira des êtres humains, là ou beaucoup ne voient plus que des déchets.
Il trouvera ce qu’il est venu chercher, et sans doute un peu plus.
Assez énervant par sa rébellion bien-pensante et naïve, il finit par plaire, avec son courage et sa ténacité. Parce qu'aller traîner au coeur de la nuit en compagnie des pires toxicomanes de la ville, sur leur territoire, il faut vraiment en avoir envie.
Dans ce monde en majorité noir, il est le petit blanc qui veut faire son film, celui que l’on prend à priori pour un flic, que l’on va d’abord essayer de mettre à l’amende.
Il finira par partager le poulet braisé au squat de la SERNAM, espace ou les “usagers” trouvent un semblant d’organisation.
Il ne sortira pas sa caméra.

Je ne sais pas si l’on est en présence d’un écrivain. Le récit est assez particulier dans sa forme. Beaucoup de dialogues et de faits simplement décrits. Mais il m’a captivé. Très humain, Tristan Jordis prend le temps d’établir de vraies relations, et regarde sans juger. Il nous fait approcher ce monde si lointain et étrange, et fait vivre le peuple des polytoxicomanes, tendance lourde.
Plus gênante, peut-être, sa propre mise en scène à l’intérieur du livre. Nécessaire sans doute, ne serait-ce que pour saisir l’intensité de la trouille qu’il a pu éprouver parfois.

Son projet de film s’est transformé en livre, et pour l’avoir sous les yeux, il vous suffit de l’acheter :-)




Titre : Crack
Type : Roman contemporain
Auteur : Tristan Jordis
Editeur  : éditions du Seuil
ISBN : 9782020972550
Date de parution : 21/08/2008
Dispo. : disponible
Poids : 360 g
Nb de pages : 352


jeudi 4 décembre 2008

Voyage au coeur de la matière

Aujourd'hui, c'est Bruno Compagnet qui nous invite à partager un voyage assez particulier, que je vous laisse découvrir.

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mercredi 30 avril 2008

Nullarbor de David Fauquemberg (2007)

Conseil de lecture: Nullarbor de David Fauquemberg (2007)Ecrivain et traducteur, David Fauquemberg a 34 ans. En 1998, il enseigne quelques mois la philosophie avant de prendre la tangente.
Il part en Australie pendant plus de deux ans. Un périple tragique dans l'ouest australien lui a inspiré son premier récit Nullarbor.
De retour en France, il devient critique de théâtre, auteur de guides chez Gallimard et Dakota, et enfin traducteur littéraire – notamment James Meek.
Il travaille actuellement sur un second roman, qui se déroule à Cuba et dont le thème central est la boxe.

Nullarbor est un récit de voyage.
Et voilà qu'on vous l'offre. Merci bien.
Si c'est pour regarder rouler les grosses vagues enveloppantes des plages australiennes, si c'est pour voir des kangourous regarder des surfeurs, merci bien.
Laissons s'écraser les grosses vagues bleues, se ramasser les hommes en combinaison et remercions David Fauquemberg pour ce voyage imprévu.
Après deux années passées à Melbourne, « fauché, la rage au ventre », le narrateur s'en va vers l'Ouest, traverse la Nullarbor, la « plaine sans arbre », direction Perth, puis Fremantle, Broome, Wreck Point.
Nullarbor est un récit captivant.
Aux premiers pas, la narration est simple. Mais ce n'est qu'apparence. Certes, les phrases brèves et le passé composé rendent le pas tranquille.
Le narrateur va de rencontre en rencontre, avec Adam, personnage déroutant, dans sa vieille guimbarde qui manque de rendre l'âme d'un moment à l'autre, avec des voyageurs surgis de nulle part et allant je ne sais où, avec Bruce, Curt et Greta, aux côtés desquels le narrateur, lors d'une pêche aux thons, devient témoin d'un carnage écoeurant. Puis on avance et on se rend compte que la violence sourd. Les dangers grondent que ce soit dans la mer, dans les terres ou dans la lagune où serpents et crocodiles se cachent. Nullarbor est le récit d'un enlisement. Pourtant l'homme s'y risque. Mais comme il a du mal à agir sans causer, il cause.
Et c'est certainement là qu'est la force de ce récit : dans la gouaille des conversations improvisées et des histoires racontées mêlée à la clarté des très belles descriptions. La parole agit comme un charme et nous happe comme savent le faire les contes.
Gare ! A peine est-on arrivé sur la frontière de l'Australie-Occidentale avec Adam qu'il est trop tard , on est pris.

David Fauquemberg est un narrateur discret et pudique, un gars qui ne parle pas de lui et qui mérite d'être rencontré à la lecture de ce très beau livre.

dimanche 27 avril 2008

Crack de Ray Shell (1993)

Conseil de lecture: Crack de Ray Shell (1993)Acteur et musicien, Ray Shell a publié ce roman à 38 ans.
C'est pour l'instant son seul livre édité.

Le titre est explicite, c'est le récit d'une addiction à la drogue de la rue, de la monstrueuse dépendance au crack.
Un de ces écrits qui peuvent vous aider à vous tenir éloigné des drogues de synthèse, si vous naviguez dans leurs dangereux parages.
Mais il ne se résume pas à cela.
Ecrit à la première personne, c'est le journal irrégulier de Cornelius, noir américain et junkie new-yorkais. Empli de culpabilité après la mort de son frère, vivant aux crochets de sa sœur et de sa mère, il chronique sa longue chute, dans un trou qui paraît sans fond.
Perturbant dans sa forme, aussi bien typographique que stylistique, violent dans ses propos, c'est un ouvrage choquant, sans issue.
Un de ces livres auxquels il est recommandé de ne pas trop s'identifier.

Un livre enrichissant, malgré son total désespoir.

mercredi 23 avril 2008

Chemins de poussière rouge de Ma Jian (2006)

Conseil de lecture: Chemins de poussière rouge de Ma Jian Ecrivain, poète, peintre et photographe, Ma Jian est né a Qingdao en 1953.
Il a longtemps travaillé en Chine, comme journaliste et photographe au service de la propagande des syndicats chinois.
Il a notamment publié La mendiante Shigalze, dénonciation de l'occupation chinoise au Tibet dans les années 50.
Peu aimé des autorités, il part pour Hong Kong en 1986, puis quitte définitivement le pays. Après un passage par l'Allemagne, il s'établit à Londres.

Divorcé, père d'une petite fille, trompé par son amante, Ma Jian est un photographe travaillant au service d'un organisme officiel.
Accusé d'être désinvolte et de ne pas être un jeune socialiste à l'esprit sain, il doit faire son auto-critique. Il passe plusieurs jours d'interrogatoire dans les locaux de la sécurité publique.
Quelques mois après, il prononce ses vœux laïques bouddhistes, quitte son travail, son logement et part.
Chemin de poussière rouge est le récit étrange de sa longue marche à travers la Chine, accompagné de celui de son cheminement intérieur.
Son interminable errance lui fera faire le tour du pays, lui donnera la liberté de nombreuses rencontres, et nous offrira Chemins de poussière rouge.

Un très beau livre, éclairage prenant sur la Chine de cette époque et l'évolution spirituelle de l'auteur.

lundi 10 mars 2008

Je vois des pieds (2004), de Fabrice Million.

Je vois des pieds (2004), de Fabrice Million.Ces 62 courtes pages portent la voix d’un homme à qui, depuis longtemps, l’on ne demande plus rien.
« J’ai oublié le son de ma voix. Quand pendant plusieurs jours elle ne sort pas de moi, j’oublie son timbre. Silencieuse, dans ma gorge, elle gît, inerte ».

Il dort à l’extérieur des murs, là, juste en bas de l’immeuble.
Il sait le contact du goudron sur sa joue, porte dans son âme les stigmates du bitume et, pour une fois, les dit.
Dans un langage ciselé, magnifique, il affiche son invisibilité, et les déformations de son corps combattant. Cerné par nos talons, il dessine, patiemment, nos absurdes angoisses et nos propres fêlures. Sans plainte et sans vulgarité, avec une intimidante lucidité, il expose nos vies en écrivant la sienne.
«Je ne suis alors qu’un reflet, celui de votre déchéance, une trace d’hémoglobine sur un doigt entaillé que l’on supprime d’un coup de langue».
Ses mots d’orfèvre le décalent, loin de la crasse et des cartons, pour donner à son monologue tout le poids de sa dignité.

C’est un livre aigu, remarquable, qui remet l’homme debout.
Un de ces livres indispensables qui s’acharnent à démolir nos résignations.

mardi 5 février 2008

Oil Notes de Rick Bass

Critique de Oil Notes, de Rick BassRick Bass est né en 1958, à Houston, Texas. Géologue de formation, il se spécialise dans la recherche de pétrole et de gaz avant de devenir écrivain. Il vit actuellement dans le Montana.

Oil Notes, premier livre de Rick Bass, est le journal qu’il a tenu plusieurs années durant, quand il était géologue. Il nous parle, d’une façon assez décousue, de son métier, la recherche de nouveaux champs pétroliers, et de sa vie.
L’histoire d’un paysage à travers la lecture des différentes strates de matière qui le compose devient passionnante quand c’est lui qui la raconte. Il nous donne à voir la relation passionnelle qu’il entretient avec le pétrole et sa quête, et éclaire d’une façon intéressante le lien qui unit les Etats Unis et l’or noir. A travers ce premier roman, parfois naïf et mal dégrossi, on assiste au passage du géologue à l’écrivain, la quête du pétrole en révélant une autre.
Pour Rick Bass, les véritables trésors gisent sous la plume, pas sous la terre.

Il est désormais considéré comme un auteur majeur de l’école du Montana, avec une dizaine de romans publiés.
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