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lundi 13 avril 2009

Rêves de train de Denis Johnson

Dans un papier à propos du dernier roman de Denis Johnson, Arbre de fumée, Philippe Djian écrit : « les grands auteurs ont ce pouvoir de rendre la vie acceptable, reposante ». Ça m’a fait chaud au cœur. Parce que c’est vrai. Rêves de train est son précédent roman, dont la traduction française est parue en 2007 chez Christian Bourgois.
C’est l’histoire de Robert Grainier, comment il vécut, comment il est mort. Robert Grainier est bûcheron. Veuf. Il a passé les trois-quarts de sa vie aux abords de la Spokane International, une ligne de chemin de fer du nord de l’Idaho. L’histoire se déroule entre la fin du XIXème et les années soixante.
Au premier plan, il y a la Nature omniprésente. A peine domestiquée. Selon qu’elle est ravagée par un incendie, rayonnante au printemps ou étouffée sous la neige, elle nous en dit long sur Grainier. Mieux qu’un discours. Comme un dessin. Et sur cette trame, les actes des hommes viennent s’enchaîner : la lâcheté toute simple, la connerie toute nue, la solitude immense, la peur enfantine des loups et celle de la mort aussi.
Chez Grainier, pas de quête de bonheur, ni de plaisir, encore moins de la vérité (sur la mort de sa femme en particulier). Il avance au jour le jour. C’est sa seule ligne de conduite. Le reste n’est que rencontres fortuites, souvenirs précieux ou au contraire effrayants, et quelques émerveillements simplets ─ pour les ouvrages d’art le long de la voie ferrée, pour la compagnie d’un chien qui n’est pas le sien. Tout ça lui fait un manteau pour l’hiver, une couverture de survie en fait.
On ne peut pas dire s’il fut heureux ou triste, mauvais ou généreux, courageux ou faible. Il fut un peu de tout, sans crainte des contradictions. Fruste et complexe à la fois.
Denis Johnson a cousu les morceaux de ce patchwork sans logique apparente, pour en faire un grand boutis comme dans la cabane de Grainier. Un tissu coloré et pratique. Ce n’est pas l’étoffe dont on fait les héros. C’est l’enveloppe tendre d’un homme.

Titre : Rêves de train
Type : Romans et fiction romanesque
Auteur : Johnson Denis
traduit de l'anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent
Editeur  : Christian Bourgois
EAN: 9782267018790
ISBN :  2267018799
Date de parution : 04/01/2007
Dispo. : disponible
Poids : 150 g
Nb de pages : 132 pages
Prix éditeur: 15, 00 €

vendredi 30 janvier 2009

Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke

Il y a des jours comme ça : on a fini de lire un livre, on n'en a pas d'avance, on n'a pas envie de relire, on s'en va rôder chez le libraire, on regarde les tranches, un peu morose, et paf : un titre !
Un titre qui donne envie. C'est ainsi que j'ai acheté Dans la brume électrique avec les morts confédérés.
Je l'ai acheté, je l'ai dévoré, j'ai lu tous les Lee Burke qui me tombaient sous la main.
Tous valaient le coup, mais aucun ne valait celui-là. Je l'ai relu.
Voilà l'affaire. Dave Robicheaux est inspecteur au service du sheriff de la paroisse (on dit comme ça en Louisiane, pas "comté") de New Iberia, au bord des bayous. Le Sud profond quoi, mais en Louisiane. Dave est un ancien alcoolique hanté par la guerre du Vietnam (il y était lieutenant), secoué parfois par des crises d'extrême violence, totalement dépourvu d'humour et encadré, soutenu, aimé par sa femme Bootsie et sa fille adoptive Alafair.
Il gère aussi un magasin de pêche et d'appâts sur le bayou, avec le vieux noir Batist (imaginez-vous ça en France ?).

Une équipe d'Hollywood débarque pour tourner un film sur la guerre de sécession, et bien sûr bouleverse la vie de la petite ville, d'autant plus  qu'ils ont l'excellente idée de se faire financer par la mafia de la Nouvelle-Orléans et son étoile montante, Julie Balboni, vieille connaissance de Dave.

Le reste de l'histoire ?
Ben tiens ! Lis !

Deux, trois trucs tout de même :
-La Louisianne, ses paysages, son histoire sont quasiment les personnages principaux. Lee Burke en parle, et c'est de la magie. Faites attention tout de même : n'attendez pas la description idyllique d'un paradis francophone états-unien. Oh non!
- Lee Burke a un talent particulier pour écrire sur les odeurs. Tiens : "(...) l'air était frais maintenant, et s'y mélait une pluie fine chargée des odeurs riches et lourdes d'humus humide, jasmins de nuit, roses et jeunes pousses de bambou". Et ça dès la première page... t'es pas volé !
-James Lee Burke ne se moque pas du monde et n'a rien d'un mystificateur : le titre a un sens parfaitement précis et repérable
- Il y a dans ce livre le plus beau des fantômes que j'ai rencontrés au cours de mes lectures.

C'est un beau livre, tout simplement un très, très beau livre.

P.S : le livre vient d'être adapté au cinéma, par Bertrand Tavernier, sous le titre Dans la brume électrique.

Titre : Dans la brume électrique avec les morts confédérés
Type : Romans policiers / espionnage
Auteur : Burke  James Lee
 trad. de l'américain par Freddy Michalski
Editeur  : Rivages poche
ISBN : 9782743618148
Date de parution : 19/01/1999
Dispo. : disponible
Poids : 255 g
Nb de pages : 480
Prix éditeur: 10, 40

jeudi 22 janvier 2009

L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation de Georges Perec

"... Vous voilà avec un nouvel ingénieur soyez bien avec lui faites semblant de travailler par exemple ou même pourquoi pas travaillez vraiment vous verrez c'est intéressant parfois d'ailleurs il n'est pas mauvais..."

Le lecteur subtil aura , à ce point, noté deux évidences:
1.- y'a pas de ponctuation ? rugit-il, effaré.
- Nan. y'en a pas.
- Vraiment pas ? Même pas une 'tite virgule ?
- Nan j'te dis !
- La vache !!

2.-ça a l'air marrant ton truc, là.
- Exactement. C'est marrant. Tout est dans le titre.
Perec s'est amusé ( je ne peux pas imaginer qu'il ne se soit pas amusé à écrire ça ) à envisager toutes les situations possibles permettant d'accéder (ou non) au chef de service, et je vous promets qu'il y a vraiment de quoi rire.
Pas la peine d'en dire beaucoup plus. A mon avis, c'est un petit livre à offrir, voire à s'offrir, pourquoi pas ?
S'il vous reste de la menue monnaie, pensez aussi à Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?  Même auteur, même humour, même goût de la répétition, de la saturation.
Ensuite il sera toujours temps de revenir à la crise...
J'oubliais: si des fois il vous restait encore des sous en secouant le pantalon, il y a aussi, toujours de Perec : Cantatrix sopranica et autres écrits scientifiques. Plus canulardesque (quoi que) que les deux autres, mais largement aussi drôle.
En effet, il faut bien finir par le dire: Perec était partisan de l'humour drôle.


Titre : L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation
Type : Littérature générale
Auteur : Perec Georges
Editeur  : Hachette littérature
ISBN : 9782012376434
Date de parution : 05/11/2008
Dispo. : disponible
Poids : 115 g
Nb de pages : 104
Prix éditeur: 12,00 €

mardi 13 janvier 2009

L'Enchanteresse de Florence de Salman Rushdie

Salman Rushdie est né à Bombay en 1947, il a été anobli par la reine d'Angleterre en 2007, comme P. Mc Cartney et M. Jagger. Sympa la reine... Bon goût...
Comme tout le monde ou à peu près, je connaissais Salman Rushdie, symbole de la liberté d'expression. Et en plus, je lui trouvais une bonne tête. Par négligence ou paresse, je ne connaissais pas l'écrivain. Or après tout, s'il est devenu un symbole, c'est d'abord parce qu'il est écrivain, avec une histoire singulière : une vie passée entre l'Angleterre et l'Inde, entre l'Orient et l'Occident.
Justement, ce livre, L'Enchanteresse de Florence, est un livre entre l'Orient et l'Occident. Entre l'Inde de l'empereur Moghol Akbar et la Florence de la renaissance.
On y croise des personnages de grand renom : Machiavel, Gengis Khan, Amerigo Vespucci, le schah d'Iran Ismaïl, Savonarole, le grand Moghol et sa cour, les Medicis, le Sultan Ottoman, un seigneur de guerre Ouzbek et tant d'autres.

Ce livre n'est tout simplement pas racontable ; il est tissé d'histoires emmêlées, d'allers-retours dans le temps (qui n'a pas toujours la même valeur). Il faut le lire absolument, c'est tout. Il faut le lire car Rushdie est un prodigieux raconteur d'histoires, capable dans la même phrase de grivoiserie éhontée et de merveilleux enchanteur.
Allez, oncle Salman, raconte-nous encore une histoire !
Jamais rien lu de semblable.


Quoi d'autre ?
L'empereur est un régal (je me suis renseigné en douce : ce prince musulman sceptique tenté par le syncrétisme devait plaire à Rushdie et certainement déplaire à ses ennemis. Au fait, est-il toujours menacé de mort, Salman ?), tout comme Argalia le Turco-Florentin ou la princesse Qara Köz et l'incroyable Mogor Dell' Amore...
Non seulement c'est à lire d'urgence, mais ça donne envie de lire les autres bouquins du bonhomme... et même d'en savoir un peu plus sur l'histoire de l'Inde et celle de Florence.



Titre : L'Enchanteresse de Florence
Type : Roman contemporain
traduit de l'anglais par Gérald Meudal
Auteur : Rusdhie Salman
Editeur  : PLON
ISBN : 978-2259193450
Date de parution : 02/10/2008
Dispo. : disponible
Poids : 530 g
Nb de pages : 288

lundi 12 janvier 2009

Histoire de Tönle de Mario Rigoni Stern

Il y a beaucoup de choses à dire de Mario Rigoni Stern, mais pour faire court, c'était un pacifiste, qui a été partie prenante à la seconde guerre mondiale, dans les chasseurs alpins italiens. Il est né à Asiago en Vénétie en 1921, et y est mort en 2008.
Primo Levi a dit «Le fait que Rigoni Stern existe est en soi miraculeux. Miraculeuse d'abord sa propre survie: celle d'un homme qui s'est toujours positionné aux antipodes de la violence et que le destin a contraint à participer à toutes les guerres de son temps. Miracle, enfin le fait que Rigoni est parvenu à conserver son authenticité dans notre époque de fous.»

Ça situe le personnage, et moi, ça me donne envie d'aller me promener en sa compagnie. Ce que j'ai fait en lisant Histoire de Tönle.

Il doit il y avoir un truc, avec les auteurs Italiens. Aussi bien Erri De Lucca que Mario Rigoni Stern écrivent des romans courts, simples et denses. Parfois plus abscons, quand on tente certains De Lucca, mais c’est une autre histoire.

Du coup, on prend son temps, on savoure, on digère. Parfois, il arrive que l’on déguste aussi. Ce doit être la langue, oui, c’est sûr, certain, c’est l’italien qui porte à ça !

C’est un petit bouquin, fort joli d’ailleurs, qui nous raconte la vie de Tönle.
On le découvre jeune contrebandier du plateau d'Asiago, habitant de la montagne et des frontières.
Il vit avec sa famille dans une masure à l’écart du village, ornée d’un cerisier enraciné sur le toit.
Condamné à la prison pour un coup de canne porté à un douanier, il part gagner sa vie, de pays en pays, à travers l'Europe. Il ne rentre chez lui que de temps à autres, pour ramener de l’argent à femme et famille.
Les rares moments qu’il passe sous son toit sont clandestins, il laisse son lit à l’aube pour ne pas être pris, et participe à la vie de la communauté en observateur lointain, caché dans les bois surplombants.

La vie passe, les enfants grandissent, la guerre arrive ...
(14-18, ni la plus jolie, ni la plus intelligente, à ce que j’ai pu lire)

La simplicité élégante du récit de la vie de cet homme et de son siècle en font un vrai moment de plaisir classique.
Et de réflexion.

Titre : Histoire de Tönle
Type : Roman contemporain
Traduit par Claude Ambroise et Sabina Zanon Dal Bo
Préface de Claude Ambroise
Édition brochée épuisée (parue dans la collection « Terre d’Altri »)
Auteur : Rigoni Stern Mario
Editeur  : VERDIER  EDITIONS
ISBN : 978-2-86432-550-5
Date de parution : 01/03/1990
Dispo. : disponible
Poids : 90 g
Nb de pages : 128

mardi 6 janvier 2009

Alcool, de Poppy Z. Brite

J’ai régulièrement entendu parler de cette auteure, en bien. Jusqu’à maintenant, je n’avais rien trouvé d’elle à me mettre sous les yeux. Pas vendeuse en France, pas facile à trouver, et puis au fait, où chercher, à Z ou à B ?
Bon, OK, OK, à B.

Née en 1967 à la Nouvelle Orléans (la bougresse est plus jeune que moi) elle publie régulièrement des romans, mais a aussi écrit une biographie de Courtney Love, des nouvelles, des essais et chroniques.
Que dire, sinon qu’elle a une réputation assez sulfureuse, due peut être à la  couleur des pages de son site internet, ou bien au fait qu’elle vive avec un homme et une vingtaine de chats. Sinon, c'est peut être parce qu'elle a une nette préférence pour les personnages principaux gays. Ou parce qu'elle a commencé par la littérature classée “horreur” inspirée en partie par le mouvement gothique et le splatterpunk.
Elle tient un blog à cette adresse brite.livejournal.com, et a décidé de ne plus trop apparaître en public depuis 2006, à cause de problèmes de dos assez sévères.

Enfin bon, je suis parti pour vous parler de son livre, pas d’elle.

Il commence par cette dédicace : “A John Kennedy Toole, qui a trouvé du premier coup”.
Un roman dédicacé à l’auteur de La Conjuration des imbéciles, ça augure bien de la suite.
Après, on lit.
Et on découvre un couple de cuisiniers, amis d’enfance devenus amants, qui se débrouillent en bossant dans des équipes plus ou moins bancales, dans des restaurants plus ou moins élégants de la Nouvelle Orléans.
Rickey, cuisinier imaginatif et doué, qui quand il est soucieux prépare des tonnes d’allumettes au fromage, et G-Man, plus en retrait et posé, qui stabilise le couple.
Pour dire la vérité, on les découvre saouls comme des barriques, dans un parc, et sans boulot.
Mais ce n’est pas le problème.
Les deux gaillards suivront une bonne idée, la chance sera peut-être dans les parages. Tout ça est le prétexte à la description d’une galerie de personnages peuplant une ville la nuit, écrit avec une maîtrise plaisamment passionnante.
C’est aussi une plongée dans le fonctionnement d’une brigade de cuisine, et des recettes détaillées avec amour. Et c'est drôle.
Ce livre devrait prendre part à une série consacrée à l'alcool et la nourriture, avec au moins trois autres volumes et un recueil de nouvelles à venir.

C’est un très bon roman, du genre de ceux qui se lisent vite, bien et avec jubilation.
Bravo, et merci Poppy.




Editeur  : Au Diable Vauvert (4 septembre 2008)

http://www.audiable.com/

vendredi 2 janvier 2009

L'argent d' Émile Zola


Émile Zola: 1840-1902.... Quoi d'autre ???

-C'est la crise ?
-Bah oui. C'est la crise...

Et parmi les joies de la crise, on peut déjà compter sur un grand nombre de bouquins parus, à paraitre....dont beaucoup, on peut le parier, n'apporteront pas grand chose.

Choisissons l'audace, nom de Dieu ! Osons Zola !!!
J'en vois qui ricanent là, au fond.
-Ouah ! Zola ! l'a pas fait Harvard ! L'a même pas fait H.E.C. ou sciences po ! Trop nul le Zola !!
-Ben justement....Tu veux tout comprendre de la bourse, des actions, tout çà ?
Tu voudrais savoir pourquoi il se trouve toujours quelqu'un pour acheter au plus haut et vendre au plus bas ? T'aimerais qu'on te dise comment des initiés se sont laissés prendre à l'escroquerie récente de Bernard Madoff (10 Kerviels à lui tout seul!) ?

Lis Zola, mon gars; lis Zola. Parce qu'en plus, tu vas piger tout ça en lisant un roman, un vrai roman : pas un prétexte.
Alors, bien sûr,c'est Zola. Donc, si on a du mal avec ses théories sur l'hérédité, avec les Rougon-Macquart en
général ( ici, le rougon s'appelle Saccard : un vrai pirate de la finance,un corsaire) ça devient un peu plus compliqué.
Par ailleurs, plus scabreux: il y a dans ce livre beaucoup de juifs d'argent. C'est parfois un peu limite...
Et puis on se dit:"tout de même, c'est Zola et Zola c'est J'ACCUSE ,c'est l'affaire Dreyfus...
On s'en sort de justesse,mais l'alerte a été chaude...

J'oubliai: avec le vieil Émile, on est toujours comblé question métaphore. Ici le livre est parcouru par celle de
l'argent: fumier sur lequel poussent certaines des plus belles entreprises humaines.
De quoi penser.. Pas vrai?

lundi 29 décembre 2008

Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez

Garcia Marquez est colombien, né en 1928.
Prix Nobel de littérature en 1982 . J'ai le vague souvenir qu'il était copain avec Mitterrand. A vérifier..... 


C'est un livre qui commence comme ça:
"Bien des années plus tard, face au poteau d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi...." et qui finit ainsi: "...car aux lignées condamnées à cent ans de solitude, il n'était pas donné sur terre de seconde chance." 


C'est la sixiéme ou septième fois que je le lis et je ne vais pas me vautrer dans le lieu commun: "j'y découvre à chaque fois quelque chose de nouveau....."
Je n'y découvre jamais rien de nouveau ( je crois...faut être prudent...), j'ai juste un immense plaisir à lire et relire cette bizarre épopée d'un village des Caraïbes et de l'incroyable famille Buendia (attention !! Les hommes s'appellent tous Jose arcadio ou Aureliano. Sur six générations, c'est pas simple. On peut même le lire en écrivant l'arbre généalogique au fur et à mesure et en s'en servant comme marque-page. Quant aux femmes, il y a tout de même trois Remedios)
Bizarre épopée car l'écriture en est mythologique. Et mythologiques sont aussi de nombreux épisodes du livre : l'élévation de Remedios la Belle,  les fabuleux gitans du début et leurs tapis volant, Melquiades, le déluge biblique, le temps qui tourne sur lui-même, les trente deux guerres du colonel Aureliano Buendia toutes perdues......

Et aussi le plaisir de lire des phrases comme: "Amaranta dont la nostalgie faisait un bruit de bouilloire nettement perceptible..." ou "En vérité, c'était un village heureux: nul n'avait plus de trente ans, personne n'y était jamais mort."

Voila...Dans deux ou trois ans, je le relirai....

-Mais t'es pas un peu con ??? Lire huit fois le même livre !!!
-T'as qu'à lire. Tu verras. 

Cent Ans de solitude est publié au éditions du Seuil

mercredi 10 décembre 2008

La disparition de Georges Perec

La disparition, Georges Perec Voilà un bouquin instructif, paradoxal mais aussi marrant.
Allons plus loin: on pouvait, on aurait pu l'approfondir à loisir, administrant ainsi à tout un chacun un vrai cours doctrinal ou magistral, abrutissant l'insouciant badaud du blog, nonchalant passant du tissu mondial n'y pouvant mais.....

Bornons nous donc à fournir ici la transcription d'un folio dudit bouquin, citons G.P. ou plutôt son protagon A. Wilburg Savorgnan:

".... Il y a là quasi la loi du roman d'aujourd'hui: pour avoir l'intuition d'un pouvoir imaginatif sans limitation, allant jusqu'à l'infini,  s'autonourissant dans un surcroit colossal,......  Il faut, sinon il suffit qu'il n'y ait pas un mot qui soit fortuit..... mais qu'a contrario, tout mot soit produit sous la sanction d'un tamis contraignant, sous la sommation d'un canon absolu."

Voilà qui parait clair, convaincant, flagrant, positif, sûr par surcroit.
Mais quoi!!!
Vit-on jamais quidam parcourir un roman sans plaisir....
Bornant son horizon à nourrir l'affirmation, la confirmation d'un initial postulat ?
Nous crions: NON!!
Voilà pourquoi l'opus inouï ici applaudi fournit au jovial lisant un panard, un pinglot franc, massif continu, puis, pour finir, roboratif.

Ouf!


*ndlr: la disparition à pour particularité l'absence de la lettre e. Pas de e, non, pas un.
Editeur : Gallimard
Collection : L'Imaginaire

jeudi 4 décembre 2008

Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain

Mark Twain(1835-1910).
Hemingway a écrit: "toute la littérature Américaine moderne descend d'un livre de mark Twain intitulé Huckleberry Finn......tout ce qui s'est écrit en Amérique vient de là"
Autant dire que c'est du lourd........

Qui n'a pas rêvé de descendre le Mississipi en radeau en compagnie d'un esclave fugitif ? Hein ?
Bon, c'est un début.
Mais aussi, qui ne chercherait à échapper à un père ivrogne qui vous enferme des jours entiers dans une cabane au fond des bois ?
A échapper en plus à Miss Watson qui veut à tout prix vous "civiliser", faire de vous un p'tit gars bien, craignant Dieu; toute cette sorte de choses.
Et justement, Jim ,l'esclave, il appartient à Miss Watson.
Donc, tout ça et la suite, ça nous donne Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain parce que Twain est un type simple: il écrit un livre qui raconte les aventures de Huckleberry finn et il appelle ça : Aventures de Huckleberry Finn.

Après, il suffit de le lire et de se laisser aller.
On dit que Twain est un pionnier de l'écriture "spontanée", qu'il a introduit la langue parlée dans l'écrit. Peut-être....en tout cas, qu'est-ce qu'il le fait bien!!
C'est drôle, souvent très drôle, ça rappelle parfois Lucky Luke. Goscinny a sûrement lu Mark Twain ( les plumes, le goudron, les escrocs minables....).
On a même le droit de penser à Don Quichotte mais bon, on n'est pas obligé.
Alors, bien sûr, la France de 2008 ne ressemble pas trop aux histoires inventées par l'americain moustachu. Raison de plus pour le lire !!
Autre chose: Twain est aussi l'auteur des Aventures de Tom Sawyer; même éditeur (Tristram), même traduction(Bernard Hoepffner) et ça doit valoir le coup aussi.
Et tiens ! ça tombe bien, Sawyer est aussi un personnage important de ce livre-ci (en fait, Tom Sawyer et Huck Finn sont potes).

Etonnant, non?

Éditeur: Tristram

mercredi 26 novembre 2008

Les marécages de Joe R. Lansdale

Soient:

- Un village (ou une petite ville) du Texas pendant la grande dépression (c'est juste un cadre; pas déterminant)
- Des relations abominables entre noirs et blancs: on est ici très au-delà de la "simple discrimination"
- Une famille déviante dans ce cadre infect: des blancs qui ne connaissent pas trop les noirs, mais jugent que ce sont des human beings: le père, la mère, la fille, le fils (c'est lui le narrateur, il doit avoir dans les douze ans), la grand-mère (elle vaut le détour)
- Des femmes noires puis blanches, atrocement assassinées.
- Un vieux noir lynché "à l'ancienne"pour les meurtres des femmes
- Un salon de coiffure
- .............. 


A l'arrivée, ça donne quoi ?
Un document sur le Ku Klux Klan des années trente ?
Non, pourtant,il est présent.
Un roman montrant la rédemption du mauvais blanc dont le héros ouvrirait les yeux?
Bah non !...
A l'arrivée, ça donne un thriller,un vrai avec en prime: une énigme, une vraie de vraie.

Morale et total: on se retrouve avec un bouquin qu'on cherche tout le temps partout parce qu'on l'a emmené et laissé dans tous les coins de la maison.


C'est énervant mais plutôt bon signe.

Editeur: Gallimard, collection Folio Policier

mardi 25 novembre 2008

Imaqa de Flemming Jensen

Couverture du roman Imaqa de Flemming JensenFlemming Jensen est né en 1948 au Danemark. Acteur et auteur de one-man-show, il écrit des sketches pour la radio et la télé, et des livres.
Ses deux romans les plus connus sont Lettres à Mogens (c'est son chien) et Imaqa.

Imaqa fait partie de ces livres qui font du bien, de par leur simplicité. Facile d'abords, plaisant à lire, il ne demande pas d'efforts. C'est le prototype même du livre à offrir, avec la quasi-certitude de ne pas se tromper.
D'ailleurs, on me l'a offert :-)

Imaqa, en groenlandais, signifie "peut être". Et ce peut être est la première pierre de la philosophie de vie groenlandaise. Dans cette région, la nordique du pays, on relativise à tour de bras. Une nuit qui dure plusieurs mois, un jour qui fait de même, l'isolement des communautés, l'environnement et le paysage (le Grand Psychologue) sont pour beaucoup dans cet état d'esprit.

Dans le village au nord du nord où arrive Martin, instituteur danois, la quarantaine, la vie est rythmée par les fêtes, les visites sont impromptues et l'intimité une idée totalement surréaliste.
Accueillants et joyeux fêtards, les habitants de Nunaqarfik apprendront doucement leur mode de vie à l'instituteur continental. Tout en gardant toujours et avant tout une envie de rire à toute épreuve.

Ceux qui ont déjà lu les racontars arctiques de Jørn Riel ne seront pas dépaysés, les autre auront le plaisir de découvrir ce style du pôle, où le sourire constant n'évite pas les profondes et humaines questions.

Fraîchement recommandé !

Imaqa est édité par Gaïa éditions, l'éditeur aux pages roses saumon.

mardi 16 septembre 2008

Léonora Miano, Contours du jour qui vient, (2006)

Couverture du livre de Léonora Miano, Contours du jour qui vient, (2006)L'auteure est née en 1973 à Douala, au Cameroun.
Elle vit en France depuis 1991. Elle a publié L'intérieur de la nuit en 2005.
Son dernier roman, Tels des astres éteints est paru en 2008.

Musango est une petite fille de huit ans qui vit au Mboasu, en Afrique équatoriale. Les coups, la rudesse et les humiliations infligés par sa mère finissent avec son abandon, dans la rue. Commence l'errance dans une ville détruite par la guerre où la narratrice est livrée à la misère et au spectacle de la violence.

Vendue, elle accomplit ses tâches d'esclave et assiste au départ des filles pour “l'Europe”. Dans ce climat de destruction, on cherche des boucs émissaires et on les trouve dans les personnes les plus fragiles, on se raccroche aux superstitions sous prétexte qu'elles seraient la tradition.
La réflexion sur l'identité en péril d'un pays ravagé par la violence est prenante. Elle accompagne la quête de la petite Musango qui parle à cette mère qu'elle cherche et les deux parcours se nouent.

On voudrait juste écouter ce que nous dit une écrivaine africaine sur l'avenir d'une Afrique : les espoirs qu'elle nourrit et l'exhortation qu'elle lance avec force à prendre en main cet avenir.
Je ne connais pas l'Afrique et je ne peux que tendre l'oreille. Mais tout en fouinant dans les décombres d'un pays pour y trouver les moyens de se relever ou dans l'insupportable souffrance de l'enfant, l'auteure titille la conscience la plus encline à se recroqueviller.
On redresse le dos quand on lit ce livre tant il suscite le respect pour la pensée qui s'y déploie minutieusement. Et pour toutes les femmes qui ont du souci avec leur mère, ce livre est conseillé - (pas nous, môman).

Un très beau livre.


Éditeur: Plon

vendredi 12 septembre 2008

Laurent Gaudé, La porte des Enfers, 2008.

Couverture du livre de Laurent Gaudé, La porte des EnfersLa porte des Enfers, nous entraîne dans un récit fantastique, où alternent gravité et humour.
L’écriture concise, les phrases courtes installent un rythme rapide et très vivant. L’histoire commence tel un drame antique par une scène de vengeance : un fils venge la mort de son père. Au chapitre suivant un flash-back met en scène la mort de ce même fils, vingt ans plus tôt, sous les yeux du même père : quelle est donc cette énigme ?
L’ombre de la mort plane glaciale. La vie caracole à ses côtés, cruelle, disgracieuse mais pleine de charme.
La porte, elle, descend bien aux Enfers. La description terrifiante de ce lieu désolé et hostile constitue un des moments forts du livre. Laurent Gaudé raconte les passages invisibles entre le monde des vivants et celui des morts. Il pointe la nécessité de savoir les voir et plus encore les sentir ; il évoque cette porosité de l’homme qui, l’âge avançant, se surprend à être davantage mort que vivant. Et cette idée, qui veut que chaque être proche et disparu dépose en nous quelque chose, qui vit et nous façonne au présent. Tout au long du roman, la mort fascine, persécute, interroge. Naples est le cadre étrange où se croise une poignée d’individus atypiques, irrémédiablement seuls face au grand Mystère.

C’est un drôle de cadeau que Laurent Gaudé fait à ses morts, puisqu’il a écrit ce roman pour eux, pour les distraire, dit-il en dédicace de fin.
Ce livre laisse une impression trouble, forte qui oscille entre désarroi, enthousiasme et frayeur.
En le refermant, on a cette irrépressible envie de descendre au café du coin, de s’installer au comptoir et de commander d’une voix légèrement trop forte : « un expresso bien serré, s’il vous plaît ! ».


Éditions Actes Sud, Arles, 267 pages.

jeudi 11 septembre 2008

Etgar Keret, Crise d'asthme, 1994.

Couverture du livre de Etgar Keret, Crise d'asthmeEtgar Keret est un écrivain israélien, né à Tel-Aviv en 1967. Il dit que la nouvelle l'a choisi. Mais il est aussi scénariste de bande-dessinée et réalisateur. Quelques titres : "Pipelines", "Un homme sans tête et autres nouvelles".

Un magicien qui sort de son chapeau une tête de lapin tranchée.
Un fils qui offre une brosse dorée à son père pour qu'il se nettoie le nombril.
Un gars qui traverserait les murs pour sa copine.
Un homme qui sort de la synagogue et qui attend d'être à la maison pour frapper à mort sa femme.
Un amoureux qui est avec Ronnie depuis six mois et qui voudrait qu'elle retire sa chemise.

“Crise d'asthme”, ce sont quarante-huit récits très courts. Ce sont des petites nouvelles à chute. La définition est inexacte : “nouvelles à chutes” serait plus juste. Les textes sont bel et bien courts mais heurtants et dérangeants alors la chute, elle vous guette constamment. Notez, ça donne un temps de lecture plus long, le temps de se ramasser, de se relever et de poursuivre à pas de velours, comme on avancerait sur un terrain miné. Les personnages ont des envies de tuer ou des rêves d'amour, ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est de parvenir à nous donner l'illusion que l'ahurissant est normal et la réalité plus bizarre que le rêve des personnages. Tantôt extravagantes, tantôt étranges, fantastiques ou humoristiques, les situations déjouent l'attente du lecteur. On pourrait s'agacer d'être ainsi désarçonné. Et bien non. Keret racle au plus près du sentiment. Il le dépouille du non sens de l'existence et vous le rend à vif.
Si je le connaissais, Keret, je lui dirais : “Arrête, Edgar, t'es pas drôle”.
Et je le relirais.

Éditeur: Actes Sud, collection Babel

lundi 8 septembre 2008

Zone, de Mathias Enard, suite et fin.

Conseil de lecture: Zone, de Matias Enard Ce billet est la suite de celui-ci --> Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Ça y est, j'ai fini Zone. Etonnant la façon dont ce livre m'a demandé du temps.
Et c'est confirmé, il s'agit d'un livre exigeant, mais pas exclusif, maniéré ou snob. Il est délicat dans la forme et sur le fond.
Nous errons à la suite de ce personnage imaginaire; sur sa trace furtive dans le monde réel, son trajet dans la Zone et la vie, au fil de ses souvenirs. Et c'est fascinant.
Une sorte de heureux hasard a fait qu'au moment où je le lisais, j'ai vu et revu l'exposition "Alors que je mourrais" du photographe Paolo Pellegrin. Cette exposition résonne avec Zone, c'est un écho photographique du roman, comme des illustrations et des visions du monde dans lequel se meut le héros. Si vous en avez l'occasion, un conseil, allez la voir.
Pour continuer dans la comparaison, ce livre se joue d'une certaine façon dans la même cour que le film Valse avec Bachir et il ne s'agit pas vraiment d'une cour de récréation.

En peu de mots, un livre passionnant, puissant, et qui demande des efforts.
Ce qui n'est pas désagréable, par les temps qui courent.

mercredi 20 août 2008

Lecture en cours: Zone, de Mathias Enard, Août 2008

Conseil de lecture: Zone, de Mathias EnardMathias Enard vit à Barcelone et enseigne l'arabe à l'université de la ville.
Il a étudié le persan et l'arabe et a un doctorat du Cnrs, section monde iranien.
Il a séjourné régulièrement au moyen-orient, en particulier à Beyrouth. Il a déjà publié trois ouvrages. ( La Perfection du tir et Remonter l'Orénoque chez Actes Sud et Bréviaire des artificiers chez Verticales ) Zone est édité par Actes Sud

Face à l'une des caractéristiques de ce livre, ma première réaction a été de penser au procédé.
Pensez, un livre sans points, on a connu d'autres formes de disparitions.

Mais celle-ci fonctionne, et se justifie. Le personnage voyage à bord d'un train et songe. Et l'on suit le fil de son introspection.
Prenant, très bien écrit, il déroule son histoire, ses histoires, et ne se réduit pas à sa forme.
Pratiquement, un livre sans point est délicat à lire, les repères habituels manquent, et il est difficile d'interrompre sa lecture pour la reprendre plus tard. Savoir où le laisser, pousser jusqu'à la fin d'un chapitre ou non, laisser la phrase en suspension un peu au hasard ou non, dans ce roman tendu, ce n'est pas simple.
Le livre le demande pourtant.
Dense et complexe, il fait partie de ces romans que l'on ne peut lire d'une seule traite, mais qu'il faut prendre le temps d'apprécier et de digérer. Savoir le poser, pour le reprendre plus tard.

Parler de ce qu'il raconte, beaucoup l'ont déjà fait, et comme souvent avec les bons livres, ce n'est pas essentiel.
Voila ce qu'en dit l'éditeur:
Par une nuit décisive un voyageur lourd de secrets prend le train pour Rome, revisite son passé et convoque l'Histoire, dans un immense travelling qui mêle bourreaux et victimes, héros et criminels des guerres de la Méditerranée : une Iliade de notre temps.

Pour l'instant, le plaisir est là, mais attention, nous ne sommes pas dans le domaine du demi-roman à l'eau de rose publié par un auteur bien épaulé par les gens du marketing.

La suite dès que je l'ai fini.

vendredi 8 août 2008

Sozaboy (Pétit Minitaire) de Ken Saro-Wiwa (1998)

Conseil de lecture: Sozaboy (Pétit Minitaire) de Ken Saro-Wiwa (1998) Ken Saro-Wiwa etait un écrivain nigérian, fondateur du Mouvement pour la libération du peuple Ogoni (MOSOP). Il présidait également l'association des écrivains nigérians et avait fondé sa propre maison d'édition.
Accusé de meurtre par la dictature militaire qui dirige le Nigéria, il a été condamné à mort et pendu le 10 novembre 1995, après un procès très expéditif.

Pétit Minitaire est écrit en "anglais pourri", joyeux mélange entre le pidgin et les langues de la rue et des campagnes nigérianes. Cela lui donne bien sûr beaucoup de personnalité et un ton et un style uniques.
Si l'on arrive à entrer dans ce rythme et ce ton étrange, on part à la découverte d'un langage extrêmement inventif et d'un roman extraordinaire .
Récit de l'engagement dans l'armée de Méné, auparavant jeune apprenti chauffeur dans la petite ville paisible de Doukana.
Embarqué dans une aventure et un conflit qui le dépassent, naïf comme peut l'être un enfant, il va découvrir l'absurde horreur de la guerre civile et ses tragiques conséquences.

Un roman très particulier, chaudement recommandé.


Éditeur: Actes Sud, collection Babel

mercredi 23 juillet 2008

Confessions d’un chasseur d’opium, de Nick Tosches (2001).

Conseil de lecture: Confessions d’un chasseur d’opium, de Nick ToschesElle fait moins la maligne, l’ostensible vacuité, sous la plume de Nick Tosches.
Il la plante là, dans quelque restau huppé de capitale occidentale, engorgée de sa suffisance adipeuse, déblatérant encore ses fausses éruditions. Il la flingue en quelques pages et déjà le plaisir s’échauffe, alerté par l’humour glacial et salutaire de l'auteur. Pour se mettre à l’endroit, Nick Tosches retourne la terre et part en épopée.
Qu’on ne s’y trompe pas ; il n’est question ni d’hallucinations foudroyantes, ni du témoignage écorché d’un héroïnomane rescapé de l’enfer.
L’opium est volupté. Il vient du fond des âges. Il séduisit les dieux, baptisa des cités et dicta ses rituels en grec et en latin. Il impose son rythme et choisit ses accessoires. Son chasseur est romantique, exigeant, obstiné ; il s’est éduqué au raffinement grandiose de la poésie d’Homère. Il traque une fumerie de velours silencieux et de courtisanes alanguies. Il suit la piste érotique de la sérénité. Il attend patiemment dans les bordels chinois et les bouges thaïlandais, suit ses guides obscurs et laconiques dans le dédale des réseaux et des ruelles brûlantes. Il ignore les appels des drogues aguicheuses et offertes, peut-être ceux, aussi, des innombrables prostituées, dociles, grouillantes, étonnées de sa quête hors d’âge.
Ses mots sont délétères et envoûtants. Et vous ne le lâchez plus. Il ne lâche plus non plus.
On glisse.

Nick Tosches naît en 1949 dans le New Jersey.
Un peu plus tard, il se met à écrire, à fumer, à boire, et à aimer Faulkner.
Ses livres sont publiés en français aux très jolies éditions Allia.

jeudi 26 juin 2008

Les saisons de la nuit, de Colum McCann

Conseil de lecture: Les saisons de la nuit, de Colum McCannNé à Dublin en 1965, il quitte son pays pour les Etats-Unis en 1980.
Il fait le tour du pays à vélo, durant deux ans, ce qui donnera Sisters, son premier roman. Il a écrit plusieurs autres ouvrages, dont La rivière de l’exil, Danseur et Le chant du coyote.
Il vit désormais à New-York.

Les saisons de la nuit est le récit d’un passage de l’ombre à la lumière. Deux histoires croisées, se déroulant à deux époques différentes, qui finiront par se rejoindre.

D’une part, des mineurs du début du siècle dernier, qui, pelle à la main, dans la chaleur de l’air comprimé, creusent un tunnel destiné au passage du métro sous la rivière Hudson.
Parmi eux, il y a Nathan Walker, creuseur de tête, qui avec trois compagnons travaille devant le bouclier qui protège les autres ouvriers du chantier. Nathan qui dansera sur les flots.
Nathan, le noir qui épousera la fille blanche d’un de ses camarade, à une époque ou l’esclavage est à peine aboli aux Etats-Unis.

D’autre part, Treefog, le constructeur de gratte-ciel, en équilibre sur les poutres métalliques qu’il assemble au sommet.
Treefog que l’on découvre perché sur une plate-forme, niché dans un tunnel ferroviaire. Gueux parmi les gueux, il vit au coeur du sous monde des sans domicile new-yorkais.
Pourquoi et comment est-il arrivé ici, nous le découvrirons au fil du livre.

Un roman magnifique, le récit passionnant de ces deux vies, dans l’histoire des Etats-Unis et de New-York.
Lecture hautement recommandée.


Éditeur: Belfond

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